Taijiquan : technique guerrière, gymnastique ou jeu ?


Il y a souvent divergence d’opinion concernant la finalité du Taïjiquan. Dans beaucoup d’écoles, le Taïjiquan est une technique guerrière ou un sport de combat. Pour d’autres écoles, le Taïjiquan est une gymnastique douce ou une technique énergétique. Pour d’autres écoles encore, comme la nôtre, le Taïjiquan est un jeu gratuit.
LE TAÏJIQUAN EST UNE TECHNIQUE GUERRIÈRE OU SPORTIVE
Plusieurs écoles prétendent que le Taïjiquan est une technique guerrière ou un sport de combat. Il s’agirait d’un « art martial » (Wushu) qui ferait partie de la grande famille du Gongfu, l’art de combat à mains nues inventé par les Chinois. De plus, les mouvements du Taïjiquan sont des mouvements de combat exécutés au ralenti. Pour les détails, voir les sites suivants : LE TAÏJIQUAN EST UNE GYMNASTIQUE DOUCE
D’autres écoles prétendent que le Taïjiquan est une gymnastique douce, une technique énergétique et donc, comme le Qigong, une technique de santé. L’inventeur mythique du Taïjiquan est le moine Shang Sanfen et l’inventeur mythique du gongfu-wushu qui a inspiré le Taïjiquan est le moine Boddhiharma. Ces moines n’étaient pas intéressés par le combat. Pour les détails, voir les sites suivants : LE TAÏJIQUAN EST UN JEU GRATUIT
Notre école adopte une troisième position, celle du jeu gratuit. Les mouvements du Taïjiquan sont exécutés avec la précision d’un combat mais il n’y a pas, ni jamais eu, et il n’aura jamais d’adversaire. Le Taïjiquan n’est pas une gymnastique douce ni une technique énergétique parce que, bien qu’il nous aide à garder la forme et la santé, combattre n’est pas notre objectif. Pour les détails, voir notre site : LE TAÏJIQUAN EST UNE MÉDITATION EN MOUVEMENT
En référence à ce jeu gratuit, le Taïjiquan est souvent appelé une « méditation en mouvement », un terme que nous utilisons avec prudence dans notre école. Vous trouverez les explications dans le blog suivant : TECHNIQUE GUERRIÈRE, GYMNASTIQUE OU JEU ?
Pour avoir le cœur net nous avons dépêché un envoyé spécial en Chine, pays d’origine du Taïjiquan. Ses découvertes sont étonnantes, comme vous le constaterez.

Nous vous présentons Pierre F., cultivé et polyglotte qui parle couramment le français, le québécois et le chinois (gestuelle chinoise.) Il peut aussi boire de la vodka avec les Russes, de la bière avec les Québécois et prendre le thé avec les Chinois. De plus, un de ses points forts, comme vous le verrez plus loin, est qu’il est très à l’aise avec tous, les futés comme les bêtes. Toutes ces qualités font de lui l’homme idéal… pour la mission qui lui a été confiée.


Pierre, prépare son départ. On ne peut qu’admirer son ardeur. Voilà un voyage qui promet !


Arrivé en Chine, Pierre fait bonne impression (huitième rangée, trentième de la gauche) et il se fait rapidement beaucoup d’amis.

Conscient des enjeux important de sa mission, Pierre ne perd pas son temps à jouer avec des baguettes. Il découvre rapidement que toutes les écoles de Taïjiquan reconnaissent la même légende de la création du Taïjiquan : « Le moine Shang Sanfeng observe un serpent qui mange un oiseau après une très longue bataille avec ce dernier. »


LE TAÏJIQUAN ET LA LUTTE
Pierre remarque alors que ceux qui proposent le Taïjiquan comme un combat y voient surtout la lutte remportée par un serpent (mouvements lents et circulaires) contre un oiseau (mouvements rapides et directs.)

LE TAÏJIQUAN ET LA RELATION
Pierre constate ensuite que ceux qui proposent le Taïjiquan comme une gymnastique énergétique y voient surtout d’une part, une relation entre un serpent qui accumule et condense son Qi (énergie vitale) grâce aux mouvements lents et circulaires d’une part et d’autre part, un oiseau qui rassemble et concentre son adrénaline. Il s’agit de la prédominance du Qi (énergie vitale) sur l’adrénaline.

LE TAÏJIQUAN DANS L’ESPRIT IMAGINATIF DE L’ÊTRE HUMAIN
En ayant ainsi posé la question, Pierre constate alors que les deux ont à la fois tort et raison !?

Les deux animaux se combattent , il est vrai, mais pour eux, ce n’est pas « une bataille. » C’est leur façon de vivre, il n’y a ni gagnant ni perdant. L’un mange et l’autre est mangé. Les deux animaux sont animés par le Qi et l’adrénaline, mais aucun n’a le monopole du Qi ni de l’adrénaline et aucun « ne fait de gymnastique. »

C’est à ce moment précis que Pierre est rejoint par la Grande Compréhension, souvent appelé le Satori (« Chat-o-riz » en chinois.)

Lumière !

Ainsi, toutes ces explications sur les origines et les objectifs du Taïjiquan sont des inventions qui proviennent uniquement de l’esprit humain.

Pierre arrive ainsi à la conclusion qui s’impose d’elle-même : le Taïjiquan n’est ni un combat, ni de la gymnastique, ni rien d’explicable. Dans le Taïjiquan on ne cherche ni à gagner, ni à se mettre en forme, ni à rien d’explicable. Le Taïjiquan est donc simplement fait pour lui-même, sans aucune raison ni objectifs.

D’un autre côté, le Taïjiquan peut aussi être fait en fonction d’un objectif. Vous voulez en faire un sport ? Un combat ? Une gymnastique ? De la danse ? De la méditation ? De l’expression corporelle ? Un moyen d’effrayer les voisins à l’Halloween ? Aucun problème… Le Taïjiquan n’est pas une marque protégée, il appartient à tous et personne n’en a l’exclusivité ni des moyens ni des objectifs.

Comme par hasard, la conclusion de Pierre correspond à celle de notre école. Pierre étant reconnu pour être absolument incorruptible, il nous aurait été tout à fait impossible de le soudoyer.

TOUTES LES CONCLUSIONS

Première conclusion
Comme Pierre vient de le démontrer, le Taïjiquan peut-être un combat, une gymnastique, un jeu gratuit ou ce qu’on le voudra bien.

Deuxième conclusion
Selon l’objectif que vous attribuez au Taïjiquan, ses techniques et son enseignement vous rapprocheront de cet objectif. Si vous faites du combat, vous développerez des aptitudes au combat. Si vous faites de la gymnastique, vous développerez des habiletés pour la gymnastique. Si vous en faites un jeu gratuit, jouer deviendra de plus en plus facile et amusant.

Troisième conclusion
Peu importe vos objectifs, le Taïjiquan, sans faire de vous un combattant, vous permettra d’être plus alerte si une situation de combat se présente. Peu importe vos objectifs, le Taïjiquan vous maintiendra plus en forme et plus en santé. Peu importe vos objectifs, avec le Taïjiquan, vous serez de plus en plus touché par le naturel.

Quatrième conclusion
Tous les objectifs que vous déterminerez pour exécuter le Taijiquan ont du bon, cependant, en adoptant le jeu gratuit comme objectif, vous serez de plus en plus touché par le naturel parce que le naturel exclut tout objectif.
Le naturel exclut tout objectif.
PREUVES PHOTOGRAPHIQUES
Après un détour pour admirer la Grande Muraille, Pierre est prêt à rentrer à Montréal. Mais, auparavant, il entreprend de se documenter sur son « voyage initiatique. »

Ceux qui apprennent le Taïjiquan connaissent bien deux mouvements importants du Taïjiquan « Reculer en repoussant le singe » et « Emporter le tigre dans la montagne. »

Les tenants du Taïjiquan combat et sportif disent qu’en reculant, « Reculer en repoussant le singe » permet de se débarrasser d’un adversaire (le singe) et qu’avec « Emporter le tigre dans la montagne, » un adversaire même féroce (le tigre) sera transporté avec grande facilité jusqu’en haut d’une montagne.

Les tenants du Taïjiquan gymnastique disent qu’il n’y a pas d’adversaire et qu’il s’agit d’images servant uniquement à mémoriser les mouvements en question.

Preuve photographique à l’appui, Pierre illustre ici une troisième interprétation de ces deux mouvements. Il illustre par la même occasion, le côté naturel, surprenant et insaisissable du Taïjiquan qui est à l’image du vivant. Tout ce qui est vivant naît, grandit, vieillit et meurt.


1- Ne pas repousser le singe.
(Pourquoi vouloir éloigner un animal si attachant ?)


2- Jeter le singe dans la gueule du tigre.
(Photo endommagée en raison d’un piratage des amis des bêtes.)


3- Le tigre est devenu un ami.
(Une fois bien nourri, il est inutile de le transporter à la montagne.)

Dans cet exemple, le singe naît, grandit, vieillit (rapidement) et meurt. Voici une belle illustration du cycle de la nature.

Par la même occasion, voici aussi illustré un autre principe majeur et mal compris du Taïjiquan, celui du « non agir » aussi appelé la loi du « moindre effort » ou « comment en faire moins pour en faire plus ».

Mission accomplie ! Merci Pierre !

MISE AU POINT
Que les âmes sensibles se rassurent ! À aucun moment nous ne nous sommes livrés à des expériences « contre nature », comme donner à manger du tigre à un singe ou comme donner à manger du Macdo à un humain.