Grands Stage été 2014 — post mortem des randonnées célestes
Par Gilles le lundi, septembre 8 2014, 14:52 - Activités Grands Stages - Lien permanent

Le grand stage de Montréal qui avait lieu en premier a été plus éclaté, plus spontané. Le Grand Stage de Sainte-Félicité de Matane qui avait lieu en second a été plus structuré et plus approfondi. Dans les deux cas l’ampleur de la nouveauté s’est disputée la première place avec le plaisir sans cesse renouvelé des découvertes.
Tel que prévu, nous avons abordé certaines techniques rares du taïjiquan, celles des randonnées célestes.
Signification du terme « taïjiquan »
Pour mettre en contexte les randonnées célestes, quelques explications ont été données sur la définition traditionnelle du terme « taïjiquan ».
En résumant les propos de Chungliang Al Huang sur le sujet :
- « taï » qui s’écrit plus correctement « tài », correspond à l’idéogramme 太.
Sa définition moderne est : grand , le plus grand, suprême.
Étymologiquement, il pourrait signifier : un homme centré. - « ji » qui s’écrit plus correctement « jí », correspond à l’idéogramme 極.
Sa définition moderne est : poutre faîtière, faîte, le point le plus élevé, sommet, apogée, la plus haute perfection.
Étymologiquement, il pourrait signifier : la nature avec toute la complexité des pôles opposés.
Le caractère « jí » signifie « les extrêmes », « les pôles » – ou la lutte éternelle de l’homme entre l’immensité du cosmos, la terre, et sa qualité proprement humaine, ce « bloc de matière non taillée », son véritable Soi, sa nature intrinsèque. - « quan » qui s’écrit plus correctement « quán », correspond à l’idéogramme 拳.
Sa définition moderne est : le poing, le boxe.
Étymologiquement, il pourrait signifier : la main, le corps, l’art, l’action, mettre l’énergie dans la main. - Taï ji quan : 太極拳
Tandis que « tai chi », terme moderne qui désigne le « tài jí quan » est aujourd’hui traduit comme étant « La boxe du faîte suprême », nous retenons la définition suivante qui nous semble beaucoup plus pertinente :
L’être humain est à la fois centré (tài) et à la fois dans la complexité naturelle des pôles opposés (jí). Grâce à la main (quán) et au corps (quán) on peut rassembler en soi le tài et le jí pour établir un équilibre parfait.
Qui est Chungliang Al Huang ?
Né en Chine, à Fujian, Chungliang Al Huang reçut l’éducation traditionnelle d’une famille de lettrés. Il étudia les classiques aussi bien que tous les arts de l’Orient, y compris les arts martiaux. A l’âge de seize ans, après les tribulations de la guerre sino-japonaise, il émigre aux Etats-Unis, travaille avec ardeur à 1’université, cherchant à s’assimiler totalement au monde occidental. Il obtient un diplôme d’architecte, étudie la chorégraphie et fonde sa propre compagnie. il est à même de comprendre ces deux mondes et de les réunir. En janvier 1985, il a été sollicité par le gouvernement de la République populaire de Chine pour créer et diriger l’Institut Lan Ting dans les Monts Wou Yi, haut lieu de culture et de tradition. Cet institut est destiné à préserver l’identité culturelle de la Chine et à devenir un point de rencontre et d’échange des cultures orientales et occidentales. Chungliang Al Huang est aussi l’auteur de plusieurs livres.
Source : https://www.payot.ch/Detail/tai_ji_danse_du_tao-al_huang_chungliang-9782857072195
Plus d’information dans la vidéo (en anglais) de Chungliang Al Huang qui suit.
Les constituants du taïjiquan
Les implications d’une telle traduction du terme "taïjiquan" permettent d’envisager le taïjiquan autrement qu’un sport ou une simple mise-en-forme. Il devient aussi plus évident que le taïjiquan ne se limite pas à « la forme » : une ensemble de pas et de gestuelles qui imitent des mouvements de combat.
Le taïjiquan est en fait rien de moins que l’exploration et la célébration du mystère de ce que nous sommes, nous les humains (microcosme), le résumé, la synthèse et la splendeur du monde (macrocosme). L’être humain est le reflet du monde et vice versa. Leurs correspondances mutuelles se révèlent grâce au taïjiquan, lequel est semblable aux flots d’un long fleuve ou de la mer qui se meuvent continuellement et sans fin.
Le taïjiquan ne se résume pas à « la forme ».
Ses constituants les plus visibles appelés constituants structuraux sont :
- la forme
- la posture
- la manœuvre
- la phase
Ses constituants plus difficiles d’accès appelés constituants organiques sont :
- le mouvement
- l’alignement
- la détente
- la respiration
- le Qi (énergie vitale)
Ses constituants subtils, encore plus difficile à aborder sont :
- le shì
- le yi
- le zhi
- le xin
En les désignant par leur nom chinois on indique clairement que, plus encore que les autres constituants du taïjiquan, on ne peut les comprendre par les méthodes qui nous sont familières : l’observation, l’analyse, les mesure, le raisonnement. Expliquer théoriquement les constituants du taïjiquan est une opération qui reste vaine, à moins de s’y être engagé concrètement. On ne peut les découvrir réellement que dans le concret de l’action du taïjiquan.

un ciel dans les nuages
une mer dans le ciel
une roche dans la mer
un reflet sur la roche
Les randonnées célestes
Les constituants subtils sont abordés de trois façons :
- Implicitement quand on apprend « la forme ».
La forme mène aux postures, la posture, mène aux manœuvres et la manœuvre mène aux phases. Sont ainsi graduellement appris : le mouvement, l’alignement, la détente, la respiration et le Qi (énergie vitale). Quand tout ceci est mené correctement, le shi, le yi, le zhi et le xin se révèlent discrètement.
- Explicitement par des techniques spéciales.
Ces techniques permettent au shi, au yi, au zhi et au xin de se réveiller plus intensément. Pour désigner ces techniques, on parle de « randonnées célestes » dans la Chine ancienne qui les a vu naître. - Voici celles qui ont été abordées durant nos Grands Stages de cet été :
- le qigong primitif
- les formes libres
- le regard du taïjiquan
- le sens de l’ouïe dans le taïjiquan
- les randonnées du pouce
- les mains collantes
- En combinant les techniques spéciales avec les autres constituants du taïjiquan dans « la forme ».
Les techniques spéciales qui ont été apprises séparément sont maintenant prêtes à être insérées dans la forme pour que le shi, le yi, le zhi et le xin puissent éclore plus complètement.

Brille à pierre fondre
Dans le ciel immaculé
Ô soleil d’été
Nicolas Casadei
Le déroulement des Grands Stages
Le Grand Stage de Montréal s’est déroulé principalement dans nos locaux, avec quelques incursions dans le parc linéaire qui sert de piste cyclable, à côté de l’école. Loin des distractions, les participants ont traversé les sentiers de la surprise, des étonnements provoqués par les randonnées célestes et finalement des plaisirs de toutes ces nouveautés.
Le Grand Stage de Sainte-Félicité a eu lieu dans un site réellement enchanteur dont nous avions la quasi-exclusivité. Les lieux ainsi que l’accueil qui nous a été réservé ont dépassé ce que nous avions espéré. Grâce aux splendeurs de la mer, du ciel et du silence, les randonnées célestes nous ont rapproché de ce qu’il y a de plus vivant en chacun de nous.
Les participants ont tous manifesté une grande satisfaction de leur Grand Stage. Tous les participants à l’ Auberge de jeunesse MANOIR DES SAPINS de Sainte-Félicité de Matane ont souhaité un autre Grand Stage au même endroit dans le futur.
Plus d’information sur nos Grands Stages.
Diaporama du Grand Stage à Sainte-Félicité.

Les jours lointains
Sous un soleil radieux
Plus lointains encore
Shuoshi Mizuhara
Photos de Marie-Josée Villeneuve