Le mouvement qui respire et la respiration qui se meut
Par gilles le dimanche, mai 30 2010, 18:22 - Techniques - Lien permanent

Les quatre temps de la respiration sont les moteurs des quatre phases du mouvement.
Une observation attentive de la respiration permet de découvrir que celle-ci s’exécute en quatre temps : l’apnée (à vide), l’inspiration, l’apnée (à plein) et l’expiration.
Une observation tout aussi attentive du mouvement permet de découvrir que celui-ci traverse quatre temps appelés « phases » : démarrage, croissance, enracinement et conclusion.
Tous ceci nous amène à une découverte : les quatre temps et les quatre phases coïncident. On s’aperçoit alors que la respiration alimente le mouvement et que le mouvement alimente en retour la respiration.
Une observation plus soutenue conduit à une découverte encore plus étonnante : respiration et mouvement sont deux facettes indissociables d’une entité unique et merveilleuse… un être humain.
Ces deux facettes sont deux aspects fondamentaux et indispensables au taïjiquan... et à l’existence même.
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Le mouvement est l’expression de la respiration. La respiration est l’expression du mouvement. Entrez dans le mouvement qui respire et dans la respiration qui se meut. |
IMPORTANT
Les consignes explicites comme celles qui suivent devraient être apprises auprès d’un professeur compétent. Nous les avons publiées à titre d’exemples pour illustrer ce qui est enseigné dans notre école. Elles peuvent aussi servir d’aide-mémoire aux élèves qui les ont déjà apprises.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Avant de s’exercer avec les techniques qui suivent, il est préférable :
1) d’apprendre et de pratiquer les techniques de détente adéquates
2) d’apprendre et de pratiquer les techniques de respiration de base telles que celles décrites dans : Nourrir la respiration ! (première partie)
Effectuer les techniques de respiration qui suivent en position allongée, puis en position assise, puis debout dans la posture du cavalier avec les bras qui décrivent des cercles et enfin dans les mouvements du taïjiquan.
Pour compléter les techniques présentées ici, utiliser les techniques décrites dans : Nourrir la respiration ! (deuxième partie)
N.B. Les techniques qui suivent sont des techniques avancées. Elles devraient être précédées d’une longue pratique des techniques respiratoire de base et intermédiaires ainsi que des techniques de détente, de Qi, de mouvement, de postures et de formes. Toutes ces techniques s’entraident et et se complètent mutuellement.
LA RESPIRATION À DEUX TEMPS
Placer les deux mains à plat sur le bas du sternum. Vous êtes en contact avec le sternum et les côtes. Observer la respiration et essayer de distinguer les mouvements qui en proviennent.
Respirer en douceur sous les mains. Avec une grande douceur, inspirer en soulevant modérément les côtes et le sternum. Cesser toute intervention pour laisser l’expiration s’effectuer. Voilà la respiration à deux temps. Alors qu’il est très facile de s’occuper de toute la respiration et de la laisser se dérouler sans aucune intervention, intervenir durant l’inspiration et cesser toute intervention durant l’expiration est habituellement difficile.
Après avoir exécuté à plusieurs reprises la respiration à deux temps telle que décrite, cesser toute intervention et observer la respiration à deux temps, ce qui est maintenant possible avec une très grande facilité.
L’inspiration se caractérise par une montée et une ouverture tandis que l’expiration se caractérise par une descente et une fermeture.
LA RESPIRATION À TROIS TEMPS
Durant l’expiration, bien observer le relâchement des muscles responsables de la respiration, le léger affaissement et la petite descente qui en découle. À la fin de chaque inspiration, faire une petite rétention d’air (apnée) puis laisser l’expiration continuer. Voici la respiration à trois temps. Il faut veiller à laisser l’expiration s’exécuter sans les interventions qui ne servent qu’à l’inspiration et à l’apnée.
Durant la rétention, chercher un relâchement musculaire, un léger affaissement et une petite descente, les trois étant semblables à ceux qui se manifestent durant l’expiration, mais plus discrets.
Chercher et « souhaiter » l’apparition de ces légers phénomènes qui deviennent un peu plus faciles à observer.
Pendant quelques respirations, ajouter la petite intervention suivante : durant l’apnée, soulever tout en douceur et laisser tomber la cage thoracique. Durant la chute, le relâchement musculaire est plus évident. Cesser cette intervention et constater que le relâchement musculaire, le léger affaissement et la petite descente recherchés deviennent de plus en plus manifestes. Recommencer au besoin.
Cesser toutes les interventions, observer la respiration à trois temps et remarquer qu’elle continue. Quelquefois, l’apnée se réduit à sa plus simple expression et, quelquefois, elle a complètement disparu. Si c’est le cas, ajouter une minuscule intervention pour la souligner à quelques reprises puis continuer l’observation.
Après avoir exécuté à plusieurs reprises la respiration à trois temps telle que décrite, cesser toute intervention et observer maintenant cette respiration à trois temps, ce qui est désormais possible avec une très grande facilité.
L’inspiration se caractérise par une montée et une ouverture, l’apnée (à plein) par un affaissement tenu et l’expiration par une descente et une fermeture.
LA RESPIRATION À QUATRE TEMPS
Après l’expiration, attendre que l’inspiration reprenne d’elle-même. C’est le quatrième temps de la respiration qui se déroule maintenant ainsi : pause, inspiration, pause, expiration.
Après l’expiration, il convient d’être patient durant la pause car celle-ci risque de durer longtemps, très longtemps même. L’oxygénation actuelle du corps est bien au-delà de ses besoins. Au fil des respirations, la pause va devenir plus courte.
Il convient de vérifier si la pause après l’inspiration s’effectue encore avec des affaissements. L’expiration, la pause et le début de l’inspiration s’effectuent sans intervention. La deuxième partie de l’inspiration et la pause qui suit s’effectuent avec de douces interventions.
En observant bien la pause après l’expiration, il est possible de déceler un très léger affaissement, minuscule mais semblable à celui de la pause après l’inspiration.
C’est le moment d’intervenir différemment. À partir de maintenant, intervenir seulement durant les deux pauses, laissant toute l’inspiration et toute l’expiration libres d’intervention. Voici comment : tenir chaque pause, jusqu’à ce que la respiration se fasse un peu pressante. Alors, libérer l’inspiration ou l’expiration selon le cas. On observe alors la respiration qui reprend avec un « élan ». À quelques reprises, laisser la demande d’air se faire plus pressante et observer la reprise de la respiration qui s’effectue avec un plus grand « élan ». Ensuite, réduire la pause et répondre de plus en plus rapidement à la demande d’air, ce qui conduit progressivement à une respiration très douce.
À un moment donné, cesser toute intervention. La respiration à quatre temps peut alors se produire d’elle-même. Si l’une ou l’autre ou les deux pauses sont absentes, simplement les souligner avec un infime arrêt à quelques reprises puis ne plus intervenir. Les deux pauses ainsi stimulées reviendront. Elles seront quelquefois minuscules mais seront présentes.
Observer et suivre longuement la respiration à quatre temps sans intervention.
L’apnée à vide se caractérise par un affaissement, l’inspiration par une montée et une ouverture, l’apnée (à plein) par un affaissement tenu et l’expiration par une descente et une fermeture.
Tableau des quatre temps de la respiration avec leurs caractéristiques.
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Respiration |
Caractéristiques |
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Temps 1 |
apnée (à vide) |
affaissement |
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Temps 2 |
inspiration |
montée et ouverture |
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Temps 3 |
apnée (à plein) |
affaissement tenu |
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Temps 4 |
expiration |
descente et fermeture |
LA RESPIRATION ABDOMINALE ET THORACIQUE À QUATRE TEMPS
Placer une main sur l’abdomen et l’autre sur le thorax. Remplacer la pause après l’expiration par une inspiration abdominale. La respiration à quatre temps se déroule maintenant ainsi : inspiration abdominale, inspiration thoracique, pause et expiration.
On peut exécuter la respiration abdominale et thoracique à quatre temps en position couchée puis assise et, enfin, debout avec les bras qui décrivent des cercles, puis dans les mouvements du taïjiquan.
La caractéristique de chacun des quatre temps de la respiration sert à définir la caractéristique de chacun des quatre temps du mouvement de taïjiquan. Les quatre temps de la respiration et du mouvement sont aussi appelés les quatre phases.
LA RESPIRATION DANS LA FORME
Les mouvements du taïjiquan s’exécutent au rythme de la respiration. C’est la respiration qui dicte la vitesse du mouvement et qui sert à le modeler.
Dans la phase 1 du mouvement qui s’appelle « démarrage », la respiration (en apnée à vide) qui se caractérise par un affaissement (temps 1) entraîne le mouvement dans une légère descente.
Dans la phase 2 du mouvement qui s’appelle « croissance », la respiration (en inspiration) qui se caractérise par une montée et une ouverture (temps 2) entraîne le mouvement dans une action ascendante et centrifuge.
Dans la phase 3 du mouvement qui s’appelle « enracinement », la respiration (en apnée à plein) qui se caractérise par un affaissement tenu (temps 3) entraîne le mouvement dans une légère descente droite.
Dans la phase 4 du mouvement qui s’appelle « conclusion », la respiration (en expiration) qui se caractérise par une descente et une fermeture (temps 4) entraîne le mouvement dans une action descendante et centripète.
La majorité des mouvements de taïjiquan utilisent la respiration à quatre temps. Cependant, le mouvement du taïjiquan provient quelquefois de la respiration à deux temps ou à trois temps; il peut aussi provenir d’une respiration plus complexe : cinq temps, six temps ou même plus.
Bien que l’on retrouve la respiration à deux temps, à trois temps et à quatre temps dans toutes les formes de taïjiquan, la forme des 11 postures et la forme des 6 postures s’articulent surtout autour de la respiration à deux temps, la forme des 24 postures et la forme des 108 postures s’articulent surtout autour de la respiration à trois temps et la forme des 13 postures et la forme des 127 postures s’articulent surtout autour de la respiration à quatre temps.
Voici la correspondance de la respiration à quatre temps et du mouvement de taïjiquan.
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Nom |
Respiration |
Caractéristique |
Caractéristique |
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Phase 1 |
Démarrage |
inspiration abdominale |
affaissement |
légère descente |
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Phase 2 |
Croissance |
inspiration thoracique |
montée et ouverture |
action ascendante |
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Phase 3 |
Enracinement |
apnée (à plein) |
affaissement tenu |
légère descente droite |
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Phase 4 |
Conclusion |
expiration |
descente et fermeture |
action descendante |
BROSSER LE GENOU
La posture Brosser le genou qui se retrouve dans presque toutes les formes du taïjiquan permet d’illustrer l’action conjuguée de la respiration et du mouvement dans les quatre phases. Voici donc les quatre temps de la respiration dans les quatre phases de la posture Brosser le genou.
La phase 1 s’étend de la photo 1 à la photo 2.
La phase 2 s’étend de la photo 2 à la photo 3.
La phase 3 s’étend de la photo 3 à la photo 4.
La phase 4 s’étend de la photo 4 à la photo 5.
![]() photo 1 |
C’est la fin de la posture précédente qui est "Brosser le genou gauche" et début de la posture "Brosser le genou droit".
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![]() photo 2 |
PHASE 1 : DÉMARRAGE Sur la photo 2, on remarque qu’obéissant à l’affaissement de la respiration en apnée à vide, tout le corps effectue une légère descente qui permet de revenir entièrement sur la jambe droite et que les deux mains ont quitté leurs positions initiales, permettant aux bras de s’allonger légèrement.
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![]() photo 3 |
PHASE 2 : CROISSANCE
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PHASE 3 : ENRACINEMENT
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photo 5 |
PHASE 4 : CONCLUSION
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La conclusion est l’aboutissement du taïjiquan. Le corps a trouvé son unité grâce à un alignement vertical, une détente maximale et une respiration profonde. Le Qi est à l’apogée de sa manifestation. |
LE COUPLE RESPIRATION-MOUVEMENT
Le couple respiration-mouvement (ou mouvement-respiration) est la structure de base qui est une des plus belles expression du naturel, donc de tout le taïjiquan, de tout le qigong et de tout le kung-fu. Les quatre temps et les quatre phases en sont des rouages plus raffinés.
Pour la simplicité des explications, les lignes qui précèdent décrivent des techniques de respiration qui sont à exécuter dans les postures du taïjiquan. Il serait plus juste de dire que les postures de taïjiquan n’existeraient pas sans elles. Ainsi, on utilise ces techniques de respiration pour créer les postures de taïjiquan et non l’inverse. Le déroulement du taïjiquan s’effectue ainsi : l’action conjuguée du Qi et de la respiration anime la posture.
On distingue trois étapes dans l’apprentissage du taïjiquan : par imitation, avec la respiration et avec le QI.
1) Au départ, l’élève apprend les postures du taïjiquan par imitation, sans nécessairement comprendre les notions décrites plus haut. Avec quelques corrections judicieuses, le professeur veille à ce que les postures restent en conformité avec le résultat final.
2) Ensuite, quand l’élève trouve un certain confort dans les postures, le professeur l’aide à raffiner les postures grâce aux techniques de respiration. On commence par associer chaque mouvement avec l’inspiration et l’expiration. Cette association doit être faite très tôt dans le processus d’apprentissage. Plus tard, on ajoute l’enracinement et, beaucoup plus tard, on ajuste les quatre phases, telles que décrites plus haut.
3) Finalement, quand l’élève est confortable dans les postures et la respiration, le professeur aide l’élève à raffiner le tout grâce aux techniques de QI, lesquelles ne sont pas décrites ici. Le Qi s’exprime en cycles qui coïncident aussi avec les quatre temps de la respiration et les quatre phases du mouvement. Les techniques de Qi doivent êtres apprises d’abord au sol, puis insérées dans les mouvements.

Brosser le genou droit
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Le mouvement est l’expression de la respiration. La respiration est l’expression du mouvement. Entrez dans le mouvement qui respire et dans la respiration qui se meut. |




photo 5