Les mille et un chemins de l’INCONCEVABLE
Par gilles le lundi, février 16 2009, 22:46 - Chroniques - Lien permanent

Le monde est un merveilleux mystère qui est à la fois si près et si loin.
Quand le monde nous touche, nos sens le captent dans ce qu’il a de plus pur, de plus complet : c’est l’inconcevable. Puis notre cerveau intervient. Il interprète le monde, fabrique des catégories et des souvenirs qui se transforment et se multiplient à l’infini grâce à l’imagination. Ceux-ci deviennent tellement puissants qu’ils font souvent écran et nous cachent la réalité.
Prenons un exemple :
En marchant sur la rue, vous apercevez un ami d’enfance au loin, vous courez le rejoindre et tout près, vous vous apercevez que ce n’était qu’une ressemblance.
Revenons en arrière dans l’exemple précédent:
Quand vous apercevez l’ami d’enfance, quelques éléments capturés par vos yeux sont acheminés à votre cerveau. Celui-ci fouille dans sa mémoire et trouve l’ami d’enfance parmi les souvenirs. À partir de ce moment, les images du souvenir recouvrent et cachent ce qui est capté par vos yeux. Comme un brouillard, le souvenir brouille la véritable vision, jusqu’à la découverte de la méprise. Ce brouillard est la source de beaucoup d’erreurs. Toutes ces erreurs peuvent prendre de grandes proportions en reléguant la réalité loin derrière. Il faut noter que notre imagination est réelle elle aussi, mais il ne faut pas qu’elle nous cache complètement celle qui nous parvient par nos sens, celle qui se cache dans l’inconcevable.
Une carte n’est pas le territoire.
Alfred Korzybski
La représentation que nous nous faisons de la réalité n’est pas la réalité elle-même. De même que la carte d’une ville n’est pas la ville elle-même. Nous devons tenir compte du fait que la réalité est toujours plus complexe et plus riche que ne le suggère notre carte. Ce principe a été rendu célèbre par Alfred Korzybski en 1933 dans ses travaux sur la « sémantique générale » et la logique non-aristotélicienne.
Il existe mille et un chemins de l’inconcevable. Toutes les choses variées qui nous entourent sont autant de chemins de l’inconcevable, par exemple : un coucher de soleil, un arc-en-ciel ou une rivière. Les œuvres artistiques nous en proposent d’autres et les vieilles traditions comme le Taïjiquan nous en proposent d’autres aussi.
LA RIVIÈRE DE L’INCONCEVABLE
Vous regardez la rivière ? Elle vous semble la même qu’hier ? Regardez encore. Ce ne sont ni les mêmes remous, ni les mêmes tourbillons, ni les mêmes gouttes… tout ce que vous observiez hier n’est plus là, mais plus loin, très loin en aval. Rien, absolument rien de ce que vous regardez n’était là hier. L’idée de la rivière vous empêche peut-être de voir la rivière. Regardez mieux, vous verrez alors la véritable rivière et ses fabuleux miroitements : c’est la rivière de l’inconcevable.
On ne peut pas entrer deux fois dans le même fleuve.
Héraclite, vers -500
LE TABLEAU DE L’INCONCEVABLE
Vous jugez une peinture en fonction de la fidèle reproduction qu’elle fait ou non de la réalité ? Regardez mieux, même sous des dehors très réalistes, tout ce que vous reconnaissez dans un tableau n’existe pas. Par exemple, il y a le fameux tableau « Ceci n’est pas une pipe » de René Magritte au sujet duquel celui-ci écrit que « l’objet que vous voyez n’est pas l’objet lui-même. »

Magritte s’explique encore : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau « ceci est une pipe », j’aurais menti ! Il ajoute : « L’art de la peinture ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde. »
Regardez la pipe et cessez de voir une pipe, regardez mieux un tableau et cessez de voir ce qu’il contient de reconnaissable, vous verrez alors les mystérieux miroitements de la réalité.
LES SONS DE L’INCONCEVABLE
La pluie, le bruit des vagues, la bruit du vent, le cri des oiseaux sont des phénomènes acoustiques qui échappent aux processus de conceptualisation de votre cerveau. Les ondes sonores qui vous touchent et vous enveloppent peuvent vous entraîner au cœur de la réalité.
FAITES UNE EXPÉRIENCE IMMÉDIATE DE L’INCONCEVABLE
Comme la rivière, comme le tableau, comme la pluie, le bruit des vagues, la bruit du vent, le cri des oiseaux, le Taïjiquan invite à un contact particulier avec la réalité. C’est ce qui explique que le Taïjiquan n’est pas un sport et qu’il est beaucoup plus qu’une gymnastique et une technique de santé.
Faites cette petite expérience de Taïjiquan :
- Après avoir lavé vos mains, assoyez-vous confortablement dans un endroit tranquille et fermez les yeux.
- Cherchez des sensations en provenance de votre visage : front, joues, nez, bouche, yeux. Cherchez les petits détails comme le relief et la chaleur.
- Ouvrez les yeux et frottez vos deux mains l’une contre l’autre durant environ vingt secondes.
- Placez vos mains sur votre visage et frottez légèrement sur toute la surface, comme si vous étiez en train de laver votre figure.
- Enlevez vos mains et, toujours les yeux fermés, cherchez encore des sensations en provenance de votre visage : front, joues, nez, bouche, yeux.
- Remarquez les nombreuses sensations nouvelles, inhabituelles, partout dans votre visage.
- Remarquez comment votre visage semble différent de celui que vous avez observé au début.
- À ce moment même, vous êtes en contact avec votre vrai visage, celui qui est sans références, celui qui est issu de l’inconcevable.
- Quelques secondes de plus et c’est fini. Ce qui semblait nouveau a disparu. Votre visage est redevenu familier. Le contact avec votre vrai visage est brisé. Votre visage à nouveau mémorisé par votre cerveau occupe presque toute la place.
L’INCONCEVABLE NOUS TOUCHE
Nous ne pouvons atteindre l’inconcevable, c’est lui qui nous surprend et nous touche, continuellement, inlassablement. L’inconcevable peut nous rejoindre spontanément, sans que nous en ayons même la préoccupation. Il peut aussi peut aussi nous atteindre quand nous sommes en contact avec ce qui nous entoure, avec une œuvre artistique, comme la pluie, le bruit des vagues, la bruit du vent, le cri des oiseaux et quand nous sommes en contact avec le Taïjiquan.
Quand l’inconcevable nous touche, une proximité sans faille , une connexion intime avec le coeur, une confiance illimitée s’installent au fond de nous. Ce sont des moments où rien d’autre ne compte, où jamais notre ouverture au monde n’a été si grande, où la vie nous appartient , où chaque jour nous apporte sa fraîcheur. Un esprit ouvert englobe tout, plus rien d’autre ne compte
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So close no matter how far Trust I seek, and I find in you So close no matter how far
Never opened myself this way
Trust I seek, and I find in you |
Une proximité sans faille Peu importe ce qu’ils font |
