Le malheur, le bonheur, la sérénité et le Taïjiquan (Tai Chi)
Par gilles le jeudi, février 22 2007, 14:47 - Chroniques - Lien permanent

Il y a le malheur, le bonheur, la sérénité et le Taïjiquan.
Il ne faut rien donner
et il ne faut rien prendre,
Il ne faut aussi renoncer à rien,
Il faut simplement rester naturel.
Tilopa
Le malheur
Le malheur provient du désir de prendre toujours d’avantage. Nous le retrouvons dans la consommation pour la consommation, la compétition, le dépassement, la performance, etc. On ne peut prendre de façon illimitée. C’est le règne des excès, de l’abus, du dérèglement et du crime. Cette compulsion à prendre peut conduire à la souffrance, à l’appauvrissement, à l’obésité, aux jeux compulsionnels, au dopage, à l’épuisement, au burn-out et au suicide.Le bonheur
Le bonheur provient du désir de donner au lieu de prendre. Nous le retrouvons dans la religion, le bénévolat, les mouvements communautaires, mère Thérèsa, etc. Donner est déjà mieux que prendre, mais on ne peut donner de façon illimitée. De plus, peut-on donner sans prendre ? C’est le règne de la charité, de la moralité, de la légalité et du contrôle. Ceux qui donnent trouvent le bonheur mais le bonheur recèle toujours une parcelle de tristesse. Cette compulsion à donner peut mener à l’exaltation, aux insatisfactions, aux contrariétés et aux frustrations.La sérénité
La sérénité provient du renoncement. Nous la retrouvons chez le moine, le mystique, le Bouddhiste, le Jaïniste, le Taoïste, etc. Le renoncement est mieux que donner et prendre, mais il s’y oppose. Dans le renoncement, se cache un léger antagonisme et un subtil glissement dans un égocentrisme profond. Dans cette compulsion au renoncement se cache de l’indifférence, de la discipline et de la réalisation de soi. Cela peut mener à l’isolement, à la coupure et au vide.
Le désir d’une expérience,
d’une expérience de nature plus haute
qui soit au-delà du quotidien ou du commun,
c’est là ce qui assèche la source.
Krishnamurti
Le Taïjiquan
Le Taïjiquan est un jeu. Nous le retrouvons quand par exemple, des jeunes jouent au hockey dans la ruelle. C’est le règne de la spontanéité et de l’absorption dans le naturel.Dans la ruelle, quand un joueur prend ou perd la rondelle, marque ou perd un but, passe généreusement la rondelle à ses coéquipiers ou la reçoit et gagne ou perd la partie, quand tout cela fait partie du plaisir de jouer, il n’y a alors aucune compulsion au malheur et aucune obsession du bonheur, parce que tous les petits malheurs et les petits bonheurs font partie d’une joie plus grande encore, celle d’être en vie.
Je vis au fil de l’eau
Renaud
Toujours dans la ruelle, même quand un joueur pratique ses lancers en dehors de la partie, même s’il parle du plaisir de jouer et même s’il en rêve, quand, après la joute, il se lance allègrement et entièrement dans d’autres choses, en oubliant le hockey, sans effort, il n’y a alors aucun insidieux renoncement et pas de mystérieux accomplissement.
J’ai eu si mal au coeur
Sur la mer en furie
J’ai vomi mon quatre heures
Et mon minuit aussi
J’me suis cogné partout
J’ai dormis dans des draps mouillés
Ca m’a coûté des sous
C’est d’la plaisance c’est l’pied
Renaud
Comme le hockey dans la ruelle, le Taïjiquan est un jeu. Pas un jeu pour être en forme (même si cela peut se produire), pas un jeu pour faire plaisir à Pierre, Jean, Jacques (même si cela peut arriver) et ni un jeu pour devenir un être accompli (même si cela peut se manifester), mais un jeu pour jouer. Il n’y a rien à gagner ou à perdre. Il n’y a rien à prendre et à donner. Il n’y a de renoncement à rien, parce que le bonheur et la sérénité sont déjà là. Quant au malheur, il n’y a pas à le chasser, lui aussi fait partie de la vie. Ce n’est pas l’homme qui prend la vie, c’est la vie qui prend l’homme.
Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en all’rons
Renaud
Ce n’est pas l’homme qui se réveille ou qui dort, c’est le réveil et le sommeil qui se produisent. Ce n’est pas l’homme non plus qui nait, qui grandit, qui rit, qui pleure et qui meurt...
C’est pas l’homme qui prend le Taïjiquan, c’est le taïjiquan qui prend l’homme.
C’est pas l’hozmme qui prend la mer,
C’est la mer qui prend l’homme…
Reznaud
Le hockey dans la ruelle et le Taïjiquan ne servent qu’à mieux exprimer ce qui est déjà là et à mieux exprimer ce que l’on est. Dans certains jeux, il n’y a parfois même plus de jeu, il n’y a parfois même plus de joueur.
S’élève alors la merveilleuse mélodie de la vie.
Merci à Michel pour les photos