Le taïjiquan et les trous noirs


Depuis peu, les scientifiques qui étudient les astres ont découvert l’existence des trous noirs. Les trous noirs sont gloutons. Ils avalent les planètes, les soleils et même les galaxies. Les trous noirs sont difficiles à observer car même la lumière ne peut s’en échapper. La science étudie les trous noir par le biais de certaines techniques d’observation indirecte. Un peu comme les trous noirs, le taïjiquan est difficile à observer. Les informations recueillies de l’extérieur à son sujet ne peuvent qu’être obscures.

HISTORIQUE DES TROUS NOIRS
http://fr.wikipedia.org/wiki/Trou_noir

Cependant, contrairement aux trous noirs, il est toujours possible d’approcher la lumière du taïjiquan de plus près, il suffit de s’y adonner.

Le Tao engendra UN. Un engendra Deux. Deux engendra Trois.
Trois engendra les dix mille êtres et tout ce qui est vivant.
Les dix mille êtres portent l’obscurité sur leurs épaules
mais serrent dans leurs bras la lumière.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 42

Avec des mots, impossible de faire la lumière sur le taïjiquan. Les explications suivantes peuvent cependant apporter un certain éclairage sur quelques uns de ses aspects. Par exemple : 1) sur des carences oubliées, 2) sur des techniques inconnues et un art ancien, 3) sur l’action du non-agir, 4) sur la célébration du Naturel, 5) sur des légendes urbaines, 6) sur la relativité du monde et 7) sur la puissance du vide.


1) DES CARENCES OUBLIÉES

Le taïjiquan révèle nos carences. Pour certains, c’est le manque d’équilibre. Pour d’autres, ce sera la faiblesse musculaire, le manque de coordination, des lacunes dans la détente, une respiration défaillante, un déficit d’attention, une absence de sensibilité, etc. Il est perturbant de voir apparaître les vulnérabilités que nous voulions oublier. Cependant, cette prise de conscience est le premier pas dans leur correction. D’ailleurs, les vulnérabilités sont mises en évidence car elles ont sensiblement commencé à se corriger. Comment pourrait-il en être autrement ? On ne distingue les choses que par les contrastes qu’elles présentent. Le chaud ne peut être appréhendé que par le froid. Le haut ne peut se vérifier que par le bas. Une faiblesse ne peut être mise en évidence que par la force correspondante.

Le monde discerne la beauté, et, par là le laid se révèle.
Le monde reconnaît le bien et, par là le mal se révèle.
Car l’être et le non-être s’engendrent sans fin.
Le difficile et le facile s’accomplissent l’un par l’autre.
Le long et le court se complètent.
Le haut et la bas reposent l’un sur l’autre.
Le son et le silence créent l’harmonie.
L’avant et l’après se suivent.
Le tout et le rien ont le même visage.
C’est pourquoi le Sage s’abstient de toute action.
Impassible, il enseigne par son silence.
Les hommes, autour de lui, agissent.
Il ne leur refuse pas son aide.
Il crée sans s’approprier et œuvre sans rien attendre.
Il ne s’attache pas à ses ouvres.
Et, par là, il les rend éternelles.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 2


2) DES TECHNIQUES INCONNUS ET UN ART ANCIEN

Ceux qui ne connaissent le taïjiquan que de l’extérieur peuvent croire qu’il s’agit uniquement d’apprendre des mouvements lents. D’autres techniques viennent préparer et compléter les mouvements lents. Le taïjiquan comprend des centaines de techniques qui se regroupent dans cinq grandes catégories qui correspondent à : 1) l’art de la détente, 2) l’art de la respiration, 3) l’art du qi (chi, énergie vitale), 4) l’art du mouvement et 5) l’art de la posture et des formes. De plus, le taïjiquan est un art issue de la Chine ancestrale, un art rare et essentiel, un art du Naturel et un art du Vivant.

Lorsqu’un esprit sage entend parler du Tao, il s’applique à le suivre.
Lorsqu’un esprit moyen entend parler du Tao, tantôt il y pense, tantôt il l’oublie.
Lorsqu’un esprit superficiel entend parler du Tao, il éclate de rire.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 41


3) L’ACTION DU NON-AGIR

Le taïjiquan, comme tous les arts du Tao (mère de toutes chose), tient du non-agir. Il ne nie pas l’action car le non-agir ne signifie pas « le pas agir ». Il s’agit d’une position, d’un comportement qui permet au latent d’advenir. Alors que ceux qui ignorent le taïjiquan croient que son aboutissement consiste dans l’apprentissage de mouvements lents, le pratiquant découvre que les fameux mouvements et les multiples techniques qui les accompagnent ne sont en fait que le premier degré de l’apprentissage. Le second degré comprend cinq catégories de procédés qui correspondent aux cinq arts du taïjiquan qui ont pour but de : 1) favoriser une certaine disponibilité grâce à la détente, 2) favoriser une certaine ouverture grâce à la respiration, 3) favoriser un certain émerveillement grâce au Qi, 4) favoriser certaines retrouvailles grâce au mouvement et 5) favoriser une certaine unité grâce aux postures et aux formes. Quand la détente, la respiration, le Qi, le mouvement, les postures et les formes sont ainsi libérés, c’est avec étonnement que le pratiquant atteint le troisième degré de l’apprentissage et constate que le taïjiquan semble surgir de nulle part et s’effectuer de lui-même.

Dans l’univers, le plus faible vient à bout du plus fort.
Seul ce qui est sans substance peut pénétrer un espace plein.
Par là le Sage reconnaît la vertu du non-agir.
Enseigner sans la parole, entreprendre sans agir.
Voilà la vertu. Cela est difficile à comprendre pour la plupart des hommes.
Là pourtant se trouve la vérité.
Car le plus souple gagnera le plus fort et rien ne saurait égaler la puissance du non-dire et du non-faire.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 43


Sans franchir sa porte, connaître le monde entier.
Sans regarder par la fenêtre, entrevoir le chemin du ciel.
Plus on voyage, plus la connaissance s’éloigne.
C’est pourquoi le Sage connaît sans se mouvoir,
comprend sans examiner et accomplit sans agir.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 47


En s’adonnant à l’étude, on s’accroît chaque jour.
En se consacrant à la voie, on diminue chaque jour.
Et l’on continue de diminuer jusqu’au jour où l’on cesse d’agir.
N’agissant plus, il n’est rien, désormais, qu’on ne puisse accomplir.
La conduite du royaume revient à qui demeure au-dessus de l’action.
Celui qui lutte pour gagner le royaume ne l’obtient jamais.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 48


4) LA CÉLÉBRATION DU NATUREL

Le taïjiquan est une des plus merveilleuse célébration de la source profonde de la Vie. Alors que nos réflexes et nos conditionnements d’Occidentaux nous porte à croire que le taïjiquan nous permet de grandir, de nous dépasser et même d’acquérir des capacités et des pouvoirs extraordinaires, le taïjiquan ne fait que nous ramener à notre nature profonde. Loin de nourrir et d’exalter notre personne, le taïjiquan ne fait que célébrer la Vie et le Naturel. Tout compte fait, notre personne est une goutte dans l’immensité de l’océan. Nous sommes à la fois la goutte et l’océan. De l’extérieur du taïjiquan, cette perspective est aussi difficile à percevoir que le contenu du trou noir.

Le ciel et la terre sont éternels. Ils n’ont pas de vie propre.
Voilà pourquoi ils sont éternels.
Ainsi, la première place revient au Sage qui a su s’effacer.
En oubliant sa personne, il s’impose au monde.
Sans désirs pour lui-même, ce qu’il entreprend est parfait.
Il s’était assis à la dernière place.
C’est pour cela qu’il se retrouve à la première.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 7


5) DES LÉGENDES URBAINE

Le taïjiquan offre plusieurs similitudes avec les trous noirs. Les idées les plus extravagantes circulent à propos des trous noirs, telles que celle de permettent de voyager très rapidement sur de grandes distances, voire voyager dans le temps. Des idées non moins extravagantes circulent aussi au sujet du taïjiquan, telles que de pouvoir l’apprendre rapidement, de guérir toutes les maladies et de rendre invincible. En réalité, le taïjiquan est relativement facile mais long à apprendre, il aide à se maintenir en santé ou à la recouvrer mais il n’a rien de thérapeutique comme tel. Par ailleurs, si on excepte certaines légendes à ce sujet, il n’y a aucun cas documenté où un expert du taïjiquan aurait été vainqueur dans un combat réel, qu’il ait été improvisé ou organisé.

Renoncez au savoir, ne vous mêlez plus de morale.
Le peuple s’en trouvera cent fois mieux.
Abandonnez toute justice humaine et chassez ses lois.
Le peuple redécouvrira les vertus familiales.
Renoncez au luxe, bannissez le profit.
Il n’y aura plus de voleurs ni de bandits.
Renoncez à tout cela et croyez en l’inutilité de l’apparat.
Soyez simples, demeurez fidèles à vous-mêmes.
Rejetez de vos cours l’égoïsme et les désirs.
La voie s’ouvrira devant vous.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 19

Qui marche sur la pointe des pieds perd l’équilibre et tombe à terre.
Qui avance à grand pas s’essouffle vite et est dépassé.
Celui qui se met en vue reste dans l’ombre et personne ne voit son mérite.
L’homme imbu de lui-même perd l’estime d’autrui.
Qui se glorifie n’est pas considéré.
Qui se gonfle d’orgueil ne peut pas progresser.
Qui vit ainsi est malade de l’âme.
Ces laideurs ne salissent pas celui qui suit la voie.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 24


6) LA RELATIVITÉ DU MONDE

Selon les scientifiques la proximité des trous noirs peut modifier les lois de la physique telles que l’espace et le temps. Ceux qui pratiquent le taïjiquan peuvent expérimenter la relativité du monde et constater par exemple que l’espace et le temps ne sont que des conventions et sans existence objective.

L’immobilité est le mouvement du Tao.
Dans sa faiblesse réside sa puissance.
Tous les êtres de ce monde sont nés du visible.
Le visible procède de l’invisible.
Car tout est et n’est rien.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 40


7) LA PUISSANCE DU VIDE

Considérés lors de leurs découvertes comme des curiosités rares, on a récemment émis l’hypothèse que les trous noirs formaient le cœur des galaxies et que l’existence même des galaxies et des trous noirs étaient intimement liés comme le sont le côté pile et le côté face d’une pièce de monnaie. Des trous noirs pourraient même être à l’origine des galaxies. Dans le taïjiquan, l’esprit de la technique est plus important que la technique. Le geste est plus important que la parole. Le pressentiment est plus important que la vision. L’exécution est plus important que l’entendement. Le flou est plus important que l’intelligible. L’atmosphère est plus importante que le contenu. L’invisible est plus important que le visible. Le vide est plus important que le plein.

Le Tao est le vide, mais le vide est inépuisable.
C’est un abîme vertigineux. Insondable.
De lui sont sortis tous ceux qui vivent.
Éternellement, il émousse ce qui est aigu, dénoue le fil des existences, fait jaillir la lumière.
Du rien, crée toute chose. Sa pureté est indicible.
Il n’a pas de commencement. Il est.
Nul ne l’a engendré. Il était déjà là quand naquit le maître du ciel.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 4

Les rayons de la roue convergent au moyeu.
Ils convergent vers le vide.
Et c’est grâce à lui que le char avance.
Un vase est fait d’argile mais c’est son vide qui le rend propre à sa tâche.
Une demeure est faite de murs percés de portes et de fenêtres, mais c’est leur vide qui la rend habitable.
Ainsi, l’homme construit des objets, mais c’est le vide qui leur donne sens.
C’est ce qui manque qui donne la raison d’être.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 11


Mes yeux s’écarquillent, et je ne le vois pas : il s’appelle l’Invisible.
Mon ouïe est en alerte, et je ne l’entends pas : il s’appelle l’Inaudible.
Mes mains se tendent et ne rencontrent rien : il s’appelle l’Impalpable.
Trois aspects indéfinis qui font l’unité.
En haut il n’est pas lumineux, en bas il n’est pas obscur.
Son éternité défie même le temps. Il n’a pas de nom.
Il vient d’un monde où rien de sensible n’existe.
Car la lumière appelle l’obscurité et l’obscurité existe par la lumière.
Le Tao est une forme sans forme, une image sans image.
Il est l’Indéterminé. Si l’on marche devant lui, on ne voit pas son principe.
Si l’on va derrière lui, il paraît sans fin.
En suivant l’antique voie, on maîtrise le présent.
Car le Tao est le fil qui guide l’homme à travers le temps.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 14


La grande Vertu vient du Tao.
Le Tao est vague, imperceptible, insaisissable !
Oh, qu’il est vague, imperceptible, insaisissable !
Et pourtant en son sein est la vérité.
Oh, qu’il est insaisissable, imperceptible !
Et pourtant en son sein est la forme des choses.
Il est si sombre, si ténébreux !
Et pourtant en lui est l’essence vraie de l’être.
Cette essence est la vérité rayonnante et la vérité cachée.
Depuis l’aube des âges son nom nous a été transmis et de lui naissent tous les êtres.
Comment peut-on connaître les voies de la création ?
Par lui. Par le Tao.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 21


CONCLUSION

Malgré toutes les explications sur le taïjiquan, celui-ci reste incompréhensible à ceux qui l’ont pas expérimenté. Même après en avoir fait l’expérience, d’innombrables formulations sont possibles. Aucune explication n’est définitive et à chacun la sienne.

La voie que l’on peut définir n’est pas le Tao, la Voie éternelle.
Le nom que l’on peut prononcer n’est pas le Nom éternel.

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 1




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RÉFÉRENCE

Lao Tseu, Tao Tö King, Le livre de la voie et de la vertu, nouvelle traduction de Conradin Von Lauer, Editions Jean de Bonnot 1990
http://midier.net/tao/tao.htm