Au revoir Madame la juge Ruffo

C’est pathétique, c’est regrettable, c’est inquiétant... Harcelée par une pléthore de plaintes par divers intervenants sociaux, face à une demande de destitution et face au refus de la Cour Suprême d’entendre son appel, la juge Andrée Ruffo, de la Cour du Québec, Chambre de la jeunesse donne sa démission.
Au sujet des plaintes, il y en aurait eu plus de 350 (sic) dont bien sûr plus de 99 % furent d’emblée rejetées par les instances concernées comme sans fondement aucun. Leur absurde volume, la nécessaire concertation qu’elles supposent et l’étalement dans le temps nous paraissent trahir, en même temps sans doute qu’un tribalisme corporatiste, un certain acharnement aux marges du harcèlement professionnel. Et tout cela sans qu’il y ait jamais eu une seule plainte émanant de parents ou enfants...  (Le Devoir, édition du 28 décembre 2004)

Honte aux intervenants sociaux concernés pour leur harcellement. Honte à la magistrature pour leur manque de courage à défendre une des leurs et l’indépendence des juges. Honte aux politiciens pour leur manque d’implication dans ce dossier et dans le dossier des intervenants sociaux incompétents.

Laissons la parole à Andrée Ruffo :

C’est un peu une surprise, mais pas complètement, parce que je pense que la culture des juges laisse peu de place à des juges qui pensent autrement. Je pense qu’on comprend très mal c’est quoi le rôle d’un juge pour enfants, qui est tout à fait différent des autres juges, qui sont arbitres des droits, alors que le juge pour enfants ne l’est pas.  


 Si pour ne pas porter atteinte à la magistrature, il faut se taire, quand les enfants en crèvent, quand ils n’ont pas les soins, quand ils ne mangent pas, quand ils font 35 places, etc. Est-ce qu’il faut être silencieux?, a déclaré la juge Ruffo en entrevue à Maisonneuve en direct. Faut-il être complice, pour ne pas porter atteinte? Ou si, en le disant, on n’a des chances de changer des choses et que les enfants soient mieux servis et qu’ils reçoivent justice?

Je peux vous dire que les [dernières] années ont été très difficiles, j’en ai été malade, et je peux vous dire que je ne serai pas malade de ce jugement-là, que j’ai beaucoup réfléchi et que je continuerai jusqu’à la fin à me battre pour l’indépendance judiciaire des juges pour enfants. 

Je suis une femme libre, je suis bien et je serai infiniment plus efficace dans ce que je choisirai de faire à l’avenir, a dit Mme Ruffo en annonçant sa démission. Oui, j’ai commis des erreurs mais je n’ai jamais triché. Je quitte avec le sentiment du devoir accompli.

Une grande dame quitte la magistrature et redevient une simple citoyenne.

Au revoir Madame Andrée Ruffo juge... bonjour Madamne Andrée Ruffo libre.

Il y a quelques années nous avons eu la chance de rencontrer Andrée Ruffo qui a été élève de notre école de Taïjiquan (Tai Chi). Nous avons été témoins de son dévouement concret et désintéressé pour les jeunes. Nous la remercions pour tout le bien qu’elle fait aux enfants et lui souhaitons beaucoup de bonheur.




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