La mémoire du corps, l'âgisme et la santé


Albert Jacquard

 

 

Il y a cette idée largement répandue que la vieillesse est une maladie.
C’EST FAUX !

Souvent on entend dire que le COVID-19 fait mourir surtout les vieux.
Dit de cette façon, C’EST FAUX !
Il fait surtout mourir les personnes avec une santé précaire, peu importe leur âge. Or, il se trouve que le taux de diabète, de cancers et de maladies cardiaques, par exemple, est plus élevé chez les gens âgés de plus de 70 ans.

La société a besoin de repères simple pour fonctionner. Elle fabrique des catégorie, elle a besoin de discriminer1. Elle distingue les bons des méchants, les honnêtes gens des bandits, les génies des cancres, les anges des tyrans, les riches des pauvres, les enfants des adultes, les jaunes des vieux, En fait, la réalité elle est beaucoup plus complexe et nuancée. On est à la fois un peu et rien de tout cela.

« La chose la plus subversive, c’est la nuance. »
Dany Laferrière

J’ai regroupé ici de l’information et des réflexions nuancées qui rejoignent les miennes sur la mémoire du corps, l’âgisme, le fait que la vieillesse ne soit pas une maladie, le COVID-19 et les vieux, puis sur les clefs de la santé puisque, ne l’oublions pas, la santé est le plus important.

________________________________________________________
1. Selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), discriminer signifie différencier, en vue d’un traitement séparé, (un élément des autres ou plusieurs éléments les uns des autres) en (le ou les) identifiant comme distinct(s). Synon. distinguer.

 

_________________________________________________________________

IMPORTANT

Les lignes suivantes ne doivent pas être interprétées comme une incitation à négliger les mesures de la santé publique pour se protéger du CORVOD-19. Tout au contraire, ces mesures sont importantes pour tous et ce, peu importe l’âge.

Cependant, jusqu’à 39 ans, le taux de mortalité reste très bas, à 0,2%, puis passe à 0,4% chez les quadragénaires, 1,3% chez les 50-59 ans, 3,6% chez les 60-69 ans et 8% chez les 70-79 ans.
_________________________________________________________________

 

MENU

  1. L’âge et la mémoire du corps
  2. L’âgisme
  3. La vieillesse n’est pas une maladie
  4. Le COVID-19 et les vieux
  5. Les CLEFS pour la SANTÉ

 

 

1) L’âge et la mémoire du corps / Michel Serres

Contrairement à la mémorisation d’un texte, le taïjiquan fait appel aux mémoires du corps. Cette dimension rend la tâche un peu plus difficile parce qu’on nous la présente plus rarement, mais elle cache des trésors. Avec l’apprentissage complet, le taïjiquan donne toute sa mesure et prend tout son sens.

Mais qu’est-ce au juste que la mémoire du corps ?

Au cours de la vie, le corps humain se modifie. A la vue d’une personne, on peut aisément estimer son âge. Pourtant, le corps contient aussi toute la mémoire de l’univers, il porte la trace des origines de la matière et de toutes les étapes d’un long processus évolutif. C’est à un voyage aux confins de la science et de la philosophie que nous convie Michel Serres.

 

 

2) L’ÂGISMES

  • De l’âgisme bureaucratique
    Une consigne a été envoyée par la direction de la SAQ à toutes les succursales pour éviter que les personnes de 70 ans et plus ne se retrouvent en magasin. C’est arrivé à Gilles Quenneville, de Montréal. L’homme s’est présenté à la succursale de Westmount, rue Sherbrooke Ouest, vendredi matin; une fois à la caisse, on lui a demandé de s’identifier. J’ai refusé! Cette mesure est totalement discriminatoire, raconte-t-il en entrevue téléphonique. M. Quenneville est reparti peu de temps après cet échange, les mains vides.

    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1679054/coronavirus-covid-19-societe-alcool-saq-personnes-agees-aines

     
  • Réflexions d’un confiné de 77 ans, le vendredi 17 avril, LaVoixdel’Est

    Le 13 mars 2020, jour de confinement pour les aînés de 70 ans et plus, j’ai perdu une très grande partie de ma vie et celle qui me reste. Bref, j’ai perdu beaucoup plus que ceux qui ont moins de 70 ans, et ce, parce que j’ai 70 ans.

    À certains égards, je me sens traité comme un enfant, par le gouvernement. J’ai fait toute ma vie sans être infantilisé et je ne m’attends pas à être traité ainsi pour finir ma vie.

    Je crois avoir le droit de choisir ma vie même après 70 ans et de ne pas être isolé de l’ensemble de la communauté. On dirait qu’avoir plus 70 ans est une tare.

    https://www.lavoixdelest.ca/opinions/carrefour-des-lecteurs/reflexions-dun-confine-de-77-ans-5b7a6bcba5ba45ca3de1092d7d43c524
  • Dans un article du Devoir du 20 mars 2020, Marc Simard résume bien la situation.

    Parmi les comportements les plus fâcheux ayant émergé du COVID-19, il y a celui qui consiste à dénigrer une partie de la population en bloc. Il s’agit de ces gens qui stigmatisent collectivement les aînés parce que ceux-ci ont été désignés par les autorités comme plus susceptibles de développer de graves pathologies s’ils attrapent le virus.

    Primo, une certaine partie de la population comprennent à tort que les 70 ans et plus sont porteurs du virus dans une proportion plus importante que le reste de la population, et donc plus susceptibles de le transmettre : cette interprétation a transformé les aînés en parias qu’il faut impérativement enfermer pour se protéger.

    Deuxièmement, un individu de 80 ans en bonne santé, non-fumeur et sans pathologie pulmonaire, est moins à risque qu’un individu de 40 ans en mauvaise forme, asthmatique ou fumeur.

    Troisièmement, le confinement des aînés a comme premier objectif d’empêcher la saturation du système de santé au moment où la pandémie aura atteint son pic, par la multiplication des cas de personnes âgées infectées qui exigeront des soins lourds. Il ne vise que très accessoirement à protéger les autres catégories de la population comme semblent le croire certains jansénistes donneurs de leçons.

    Quatrièmement, un « vieux » qui n’a pas été déclaré positif et qui fait une promenade pédestre ou fait ses courses en respectant la distanciation physique et les règles d’hygiène élémentaire ne fait pas courir un plus grand risque aux autres individus qu’il croise que les « jeunes » qui font la même chose.

    Cinquièmement, le fait de taxer les aînés d’égoïsme, comme l’a fait un certain médecin de Lévis, parce qu’ils prennent une marche ou qu’ils rêvent du moment où ils pourront commencer leur saison de golf, relève d’un âgisme puritain et sans cœur qu’il faut dénoncer comme on le fait pour les autres « ismes » ségrégationnistes ou avilissants.

    https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/575753/coronavirus-sus-a-l-agisme

  • AUTRES ARTICLES SUR L’ÂGISME

    L’AUT’JOURNAL, 2020/04/13, Par Pierre Sormany
    Les « vieux » et la Covid
    http://lautjournal.info/20200413/les-vieux-et-la-covid

    Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé
    Personnes âgées: il est temps d’engager une campagne mondiale pour lutter contre l’âgisme
    https://www.who.int/bulletin/volumes/94/10/16-184960/fr/

    Fédération des Aînées et des Aînés francophones du Canada
    L’âgisme : Le préjugé social le plus toléré au Canada
    http://faafc.ca/118-l-agisme-le-pjuge-social-le-plus-tolere-au-canada
     

 

3) LA VIEILLESSE N’EST PAS UNE MALADIE
    C’est une étape naturelle de la vie !

Un individu devient vieux quand il décide de l’être. Lorsqu’on commence à se dire: «Je suis trop âgé, je n’ai plus rien à faire…», alors oui, on est âgé. Mais tant qu’une personne possède des choses à accomplir, elle reste jeune. C’est une question d’attitude. Je côtoie des personnes de 30 ans qui sont déjà très âgées. A l’inverse, l’abbé Pierre, que je connaissais très bien par ailleurs, a été vieux très tard. Il avait toujours des choses à faire, cet homme là!

C’est vrai. Aujourd’hui, être âgé est devenu très mal vu dans nos sociétés, aussi bien par les gens concernés que par ceux que l’on dit jeunes. Mais c’est une grave erreur. Inutile de se polariser sur les affres de la vieillesse: personne ne sait comment il va vieillir. Quelque soit son âge, mieux vaut se dire «je vis au présent avec une possibilité d’avenir. Cela va dépendre de moi.»

En Afrique, les personnes âgées sont considérées comme des sages. Un jour, je devais avoir 55 ans, un Africain m’a demandé conseil. Il m’a dit: «Toi qui es un vieux…» Sur le coup, j’ai été un peu vexé (rires). J’ai mis un certain temps avant de comprendre que c’était un compliment, presqu’un honneur. Mais chez nous, ce n’est pas le cas. Notre société occidentale renie la vieillesse, sa sagesse. Elle voit la vie comme une lutte, où les êtres humains doivent se battre les uns contre les autres, où les vieux, les plus faibles, les moins productifs n’ont pas leur place. C’est une erreur. Cette notion de lutte devrait être abandonnée. J’ai à lutter pour les autres, avec les autres, mais contre eux, cela ne présente aucun intérêt.

Le généticien et essayiste français Albert Jacquard
https://largeur.com/?p=2760

 

Il est difficile de dire quand on est « vieux » ; mais il existe des caractéristiques à partir desquelles on devient « gériatrique ». Ce n’est pas réellement une question d’âge : on peut être gériatrique à 65 ans, comme on peut être directeur d’un club de pétanque très actif à 92 ans.

J’entends ainsi des médecins qui disent « Mais enfin ma petite madame, on ne va plus faire de vous une jeune fille ! » parce qu’elle se plaint de douleurs. Mais la douleur ne fait pas partie du vieillissement normal : il y a peut-être un tassement des vertèbres, un myélome multiple, etc. La souffrance, l’incontinence, tous ces symptômes gériatriques ne font pas partie du vieillissement normal, notre rôle de médecin est d’essayer d’en trouver l’origine pour la traiter. Banaliser des symptômes que l’on croit liés au vieillissement normal, cela peut être une forme de maltraitance.

Médecin depuis 34 ans, Thierry Pepersack s’est spécialisé en gériatrie
https://www.maisonmedicale.org/La-vieillesse-n-est-pas-une.html


 

4) Le COVID-19 et les vieux

Ce n'est pas l'âge qui est le facteur majeur de la mortalité par le COVID-19,
    C'EST LE FAIT QU'ON AIT UNE MALADIE CHRONIQUE.

Dr. Richard Béliveau

La raison pour laquelle on a une augmentation dans les CHSLD, c’est parce que les gens qui sont en CHSLD, ils sont malades.

On n’est pas en CHSLD si on n’est pas malade, a-t-il précisé. Ce n’est pas l’âge qui est le facteur majeur, il faut arrêter de dire ça. C’est le fait qu’on ait une maladie chronique.

On va avoir une explosion – malheureusement – terrible aux États-Unis, parce que le pourcentage de jeunes adultes en surcharge de poids est très élevé, et on assiste déjà à des augmentations chez les populations plus jeunes aux États-Unis qu’on a moins vu ailleurs, parce que l’obésité est moins forte.

Rappelons que 63 % de la population canadienne est en surcharge de poids», soit «17 millions de Canadiens.

Les gens qui sont vieux, qui sont minces et qui n’ont pas de maladie chronique, ils vont bien passer à travers la majorité des problèmes de santé que ceux qui sont malades ou en surpoids vont avoir.

 

Richard Béliveau est docteur en biochimie, directeur du laboratoire de Médecine Moléculaire et chercheur au service de chirurgie de l’Hôpital Notre-Dame
https://www.tvanouvelles.ca/2020/04/14/ce-nest-pas-lage-qui-est-le-facteur-majeur-affirme-le-dr-richard-beliveau

C’est pas une question d’âge ! C’est une question de capacité !

Les Vieux de la vieille est un film français de Gilles Grangier sorti sur les écrans en 1960. Les dialogues sont signés Michel Audiard. (extraits)

 

5) Les CLEFS pour la SANTÉ

Depuis plusieurs décennies, les clefs pour la santé sont connues. 

Il suffit d’adopter un mode de vie adéquat qui correspond aux 5 règles d’or de la prévention des maladies chroniques. Celles-ci concernent aussi la grande majorité de toutes les maladies et sont donc des vecteurs incontournables et efficaces pour acquérir et conserver la santé.

Les CLEFS de la santé :
1) Ne pas fumer, éviter l’alcool.
2) Maintenir un poids santé.
3) Manger une abondance de végétaux.
4) Être actif physiquement.
5) Réduire le sucre, le sel et le gras.

Détails....