Grands Stages de l'été 2018 - le Dantian - l'Unité et le Morcellement


Dépasser les histoires

pour toucher l’Unité

grâce au Dantian 


Un rappel de nos Grands Stages permettra d’en faire ressortir l’avantage principal. Un stage de quelques jours procure en condensé ce qui prend des mois avec les cours hebdomadaires, c’est le propre de l’immersion. De par sa durée et son environnement, un stage permet d’aborder soit certaines techniques difficilement accessibles autrement, soit d’aborder autrement certaines techniques connues. Cette année, le Dantian, thème principal, était présent dans toutes les techniques. Ces dernières étaient agrémentées de quelques histoires.

RÉSUMÉ DU BILLET
Après un survol de nos Grands Stages et du programme principal qui les animait, les lignes qui suivent contiennent plusieurs histoires. Elles sont ici plus élaborées que dans le stage et le cours hebdomadaire où elles sont évoquées de façon plus sporadique. Il convient de retenir que les histoires peuvent être parfois éclairantes mais, toujours facultatives, car mettre concrètement en action le Dantian reste un des rares chemins pour reconnaître l’Unité.

L’histoire qui chapeaute toutes les autres concerne l’Unité et le Morcellement.

LISTE DES HISTOIRES

 

  1. Présentation de l’Unité et du Morcellement
    — par le regretté directeur du centre Zen de Montréal.
  2. L’ampleur du Morcellement (la fabulation).
    — par une grande romancière canadienne.
  3. Les origine du Morcellement (la fiction).
    — par un historien qui connaît une grand popularité.
  4. Les limites du Morcellement (l’imagination)
    —par un philosophe-sinologue de réputation mondiale.
  5. L’Unité et le Morcellement dans le taïjiquan
    — par un professeur chinois de taïjiquan réputé.
  6. Le taïjiquan selon les grands experts
    — par les premiers professeurs qui le diffusent.
  7. L’Unité et le Morcellement de la tradition taoïste
    — avec Lao Tseu et un expert en alchimie interne taoïste
  8.  L’Unité et le Morcellement avec le Dantian  (丹田)
    — avec les étapes de la méthode alchimique.

 

Continuez la lecture pour lire les histoires et prendre connaissance de références importantes de par la pertinence de leur contenu.

 

SURVOL DE NOS GRANDS STAGES D’ÉTÉ 2018

 

Ce qui ne cesse de se répéter à chaque année dans les Grands Stages c’est d’abord l’intérêt sincère, l’attention soutenu, le plaisir intense et l’implication remarquable des participants que nous remercions encore une fois.
Ces journées de Grand Stage sont de véritables flambées de joie dont le rayonnement se prolonge souvent longtemps après l’évènement. 
Par contraste, ce qu’on peut dire de plus concernant les Grands Stage semble parfois banal, mais jamais sans intérêt.
Il faut absolument mentionner que le Grand Stage de Sainte-Félicité a bénéficié d’un endroit d’une rare beauté où l’hospitalité trouve tous son sens. Le lieu procure un environnement privilégié pour aborder le Dantian.
Mais, autant le Grand Stage à Montréal que celui de Sainte-Félicité, offrent en condensé ce qui prend plusieurs mois avec des cours hebdomadaires. Le processus d’immersion du stage permet un approfondissement puissant de la Méthode des Treize de l’Art du Cœur, laquelle s’exprime dans le taïjiquan, le qigong et le kung-fu de notre école.  
 

LE PROGRAMME PRINCIPAL DES GRANDS STAGES

 Nos Grands Stages 2018 ont permis d’explorer plusieurs aspects du Dantian :
  • Son rôle indispensable dans le taïjiquan, le qigong et le kung-fu.
  • Le Dantian dans l’alchimie interne taoïste.
  • Les égarements et les dangers si on omet le Dantian.
  • Les mythes concernant le Dantian.
  • La localisation du Dantian, sa recherche, son maintien, sa consolidation et ses modes d’actions.
  • La fonction du Dantian dans la respiration, la détente, le mouvement, l’alignement, le qì, le shì, le yì, le zhì et le xìn.
À l’instar des activités hebdomadaires de notre école, nos Grands Stages, loin d’être théoriques, sont constitués de techniques qui impliquent à la fois le corps et l’esprit. Certaines de ces techniques ont des origines très anciennes telles que les randonnées célestes, le micro-taïjiquan, les randonnées du pouce, les sons de santé et le pousse-main (tuishou).

Pour illustrer les apprentissages, il y a des histoires.

IMPORTANT
Les histoires suivantes n’ont de sens que dans la perspective d’effectuer correctement les techniques proposées à notre école. Elles ne sont donc jamais à prendre pour elles-même. Bien qu’elles contiennent quelque chose de vrai, elle sont toutes fausses à des degrés différents. Il ne s’agit pas d’y croire ou non, mais d’effectuer correctement les techniques proposées. Par exemple, considérons le problème suivant qui permet de s’exercer à soustraire deux nombres : « Luc a trois pommes et en donne deux à Pierre, combien en reste-t-il à Luc ? ». Le fait que Luc ait vraiment ou non trois pommes et qu’il en donne ou non à Pierre ne concerne en rien la solution du problème. Il est donc parfaitement inutile et hors de propos soit de chercher une preuve, soit de croire ou ou non ou soit d’avoir une autre opinion sur le nombre de pommes de Luc au départ et du fait qu’il en donne ou pas.

En clair, vous n’avez ni à comprendre ni à croire aux histoire suivantes ni même à les lire. Et cela est vrai si vous fréquenter notre école ou non.

De plus, si vous fréquentez notre école, après avoir pris connaissance de ces histoires, le mieux est de les oublier. Rappelez-vous que de les entendre hors du contexte de l’exécution d’une technique peut nuire. Non seulement elles ont peu de valent en elles-même, mais elles peuvent même brouiller le moment présent. 

Cependant, si vous ne nous connaissez pas, peut-être que ce qui suit vous permettra de lever un peu le rideau sur notre école.

Les histoires établissent l’esprit de la technique, elles apportent de la précision dans son exécution. On ne peut décrire facilement les techniques sans les effectuer, par contre on peut aisément raconter les histoires. 
En voici quelques-unes :
 

1. PRÉSENTATION DE L’UNITÉ ET LE MORCELLEMENT

Être à la fois Unité et Morcellement.
L’Unité c’est aussi le Tout, l’Entier, être centré. Le Morcellement c’est aussi le Multiple, la Fragmentation, la Périphérie. Les modalités du Morcellement se retrouve dans la fabulation, la fiction, l’imagination. Dans la tradition ancestrale chinoise, l’Unité apparaît dans le Dao (Tao), le xìn, le taìji et le Dantian, tandis que le Morcellement provient du yin/yang ainsi que du taì et du ji ainsi que des Dix Mille Êtres.  

Occupé à une activités qui passionne, absorbé avec tout le corps, tout le cœur et tout l’esprit, il y a Unité. Il y a Unité dans une activité artistique : danse, chant, musique, peinture, théâtre, etc.  C’est le règne de l’Unité quand, absorbé dans une activité avec le corps, le cœur et l’esprit, il y a disparition de l’espace, du temps et du « je ». Alors, il y a exercice de l’Unité et il n’y a qu’Unité. Juste avant de s’endormir, quand les pensées, les sens et l’ego s’effacent, dans ces derniers moments de conscience, il y a Unité. Pareillement au tout début du réveil, non englué par un rêve, juste avant le retour des pensées, des sens et de l’ego, dans la lumière de la conscience émergente, il y a Unité.

Le taïjiquan, le qigong et le kung-fu de la tradition ancestrale chinoise sont des occasions d’exercer l’Unité. Une difficulté majeur réside dans le fait que l’Unité ne peut ni se définir avec des mots, ni s’appréhender avec les sens ni s’expérimenter avec l’ego. Il ne se commande pas. Il se situe hors des connaissances, des sensations et des expériences, ce sont même des signe de son authenticité.      

D’un autre côté, la langue, le social, le légal, le culturel, la religion, la science, la philosophie, l’économie, les arts, la personnalité, bref tout ce qui est issu de la personne et de l’humain, tous sont des expression du Morcellement. Quand je parle, quand je me regarde, quand je cogite, quand je me rappelle, quand je prévois, quand je mémorise, je m’adonne aux expression du Morcellement, je m’exerce au Morcellement et il y a Morcellement.  

Il y a donc à la fois Unité et Morcellement.

Pour Albert Low, directeur du centre zen de Montréal durant plusieurs décennies, l’humain est à la fois au centre du monde (Unité) et à la fois à l’extérieur, à sa périphérie (Morcellement). Cette position est un déséquilibre quelquefois envisagé comme positif et quelquefois envisagé comme négatif mais, dans ce déséquilibre, nous somme en présence du carburant même de l’existence.

Albert Low, Créer la conscience, Le Relié, 2014

Il y a donc cette pulsion vers l’unité. Et pourtant, en même temps, nous les humains voyons le monde à partir de deux points de vue complètement opposés. L’un comme si nous étions au centre du monde et l’autre comme si nous étions à l’extérieur, à la périphérie. Vous pouvez voir cette pièce par exemple comme si vous étiez dedans, comme si la pièce vous enveloppais, et vous pouvez la voir aussi comme si elle était devant vous, comme si vous étiez à l’extérieur. Ce sont deux points de vue complètement différents. Ils sont tous les deux valables, mais pourtant nous exigeons un seul point de vue. Par conséquent il y a une tension qui est générée; il y a deux points de vue et il y a cette aspiration à l’unité.
Albert Low, directeur durant plusieurs décennies du centre zen de Montréal
https://www.zenmontreal.ca/zengong/ZenGongVol09-1.pdf

Voir aussi : Albert Low, Créer la conscience, Le Relié, 2014

 

2. L’AMPLEUR DU MORCELLEMENT (la fabulation)

Nous vivons dans le Morcellement, nous ne vivons que dans le Morcellement, le Morcellement est même une caractéristique importante de l’espèce humaine.

La fiction est une belle expression du Morcellement. Laissons la parole à une grande romancière canadienne, Nancy Houston dans son livre L’espèce fabulatrice (Actes Sud, 2008).

« Aucun groupement humain n’a jamais été découvert circulant tranquillement dans le réel à la manière des autres animaux : sans religion, sans tabou, sans rituel, sans généalogie, sans contes, sans magie, sans histoires, sans recours à l’imaginaire, c’est-à-dire sans fictions. »

«  Où est l’espèce humaine  ? Dans les fictions qui le constituent …. Élaborées au long des siècles, ces fictions deviennent, par la foi que nous mettons en elles, notre réalité la plus précieuse et la plus irrécusable. Bien que toutes tissées d’imaginaire, elles engendrent un deuxième niveau de réalité, la réalité humaine, universelle sous ses avatars si dissemblables ni dans l’espace et le temps. Hantée par ces fictions, constituées par elles, la conscience humaine est une machine fabuleuse… et intrinsèquement fabulatrice. Nous sommes l’espèce fabulatrice  »
 

Dans la lignée des conclusions de Claude Lévi-Strauss et des anthropologues et ethnologues du XIXe siècle, Nancy Huston soutient que, en dernière analyse, les humains sont eux-mêmes des fictions, chacun renfermant en son sein des récits qui le définissent et qui lui donnent du sens aux yeux des autres.
Papa Cheikh Sakho Jimbira, « Nancy Huston, L’espèce fabulatrice », Questions de communication En ligne, 16 | 2009, mis en ligne le 17 janvier 2012, consulté le 01 septembre 2018.

 

3. LES ORIGINES DU MORCELLEMENT (la fiction)

Non seulement l’espèce humaine ne vit que dans le Morcellement, mais c’est grâce au Morcellement que nous dominons toutes les autres espèces, que nous habitons maintenant les moindres recoins de notre planète et que nous nous apprêtons à coloniser d’autres planètes.   

Voyons ce qu’en dit Yuval Noah Harari, un historien mondialement connu pour son livre qui s’intitule Sapiens : Une brève histoire de l’humanité (Albin Michel, 2015)

Le livre propose une vue d’ensemble de l’histoire de l’humanité et de son évolution depuis les premiers hommes de l’âge de pierre jusqu’au XXIe siècle.  Le principal argument avancé par l’auteur au cours de cette vaste étude est que l’Homo sapiens doit son statut d’espèce dominante au fait qu’il est le seul animal capable de coopérer efficacement avec un grand nombre de ses semblables. Harari explique cette capacité qui distingue l’Homo sapiens des autres animaux par sa faculté de croire en des choses qui n’existent que dans son imagination, telles que les dieux, les nations, l’argent et les droits de l’homme. L’une des thèses défendues par l’auteur est donc que tous les systèmes de coopération humaine à grande échelle — les religions, les structures politiques, les réseaux de travail et les institutions légales — sont en définitive des fictions.
Source : 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sapiens_:_Une_br%C3%A8ve_histoire_de_l%27humanit%C3%A9

 

4. LES LIMITES LE MORCELLEMENT (l’imagination)

Malgré tous les avantages apportés par le Morcellement, celui-ci comporte une faille importante, il est moins que le réel. 
 
Pour comprendre les limites de la fiction qui provient de l’Imagination, écoutons un philosophe-sinologue de réputation mondiale, François Jullien.

En retournant toutes les pierres concernant l’imagination, cette capacité de fabriquer la fiction, voici ce qu’on peut trouver :

En considérant l’histoire de la philosophie, on se rend compte d’abord que l’imagination est sans consistance philosophique...

  • Par exemple, l’imagination pour Aristote est une notion mensongère et fallacieuse entre la sensation et l’intellection.
  • Chez Pascal l’imagination est la maîtresse d’erreur et de fausseté, d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours.
  • Pour Spinoza, imaginer est d’avoir en soi l’image des choses.
  • Chez Kant, l’imagination est l’interface, le mécanisme qui permet de passer du sensible à l’intelligible.
  • Pour Sartre, je suis libre parce que je peux me détacher du monde, me démarquer du monde, me néantiser du monde... imaginer.

Puis...

  • Étonnant !
    En Chine, le concept d’imagination n’existe simplement pas. En contact avec l’occident, récemment, la Chine a ajouté un nouveau mot pour la désigner.
  • Encore plus étonnant !
    L’imagination n’est pas plus que le réel mais plutôt moins que le réel... même en considérant l’art... même en considérant les rêves.
    Le réel est plus étrange, plus riche que notre imagination, il déborde l’imagination.

Texte complet en audio mp3 :
Conférence de François Jullien : l’imagination est pauvre

 

 

5. L’UNITÉ ET LE MORCELLEMENT DANS LE TAIJIQUAN

 

 

Dans sa signification ancienne, le terme « taïjiquan », signifiait « Cultiver l’Unité puis l’harmoniser avec le Morcellement ».
 
Chungliang Al Huang est né en Chine puis a émigré aux Etats-Unis où il a étudié l’architecture et la danse. On retrouve la définition traditionnelle du terme taïjiquan dans son livre intitulé TAI JI, Danse du Tao (Guy Trédaniel, 1986) ainsi que dans la vidéo suivante : https://youtu.be/8TSEnoAa39s

En résumant les propos de Chungliang Al Huang sur le sujet :
  • « taï » qui s’écrit plus correctement « tài », correspond à l’idéogramme 太. (La calligraphie de gauche de l’image ci-contre.)
    Sa définition populaire moderne est : grand , le plus grand, suprême.
    Étymologiquement, « tài » signifie : un homme centré, expression de L’Unité.
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  • « ji » qui s’écrit plus correctement « jí », correspond à l’idéogramme 極. (La calligraphie de droite de l’image ci-contre).
    Sa définition populaire moderne est : poutre faîtière, faîte, le point le plus élevé, sommet, apogée, la plus haute perfection.
    Étymologiquement, « jí » signifie : la nature avec toute la complexité des pôles opposés, expression du Morcellement.
    Le caractère « jí » signifie « les extrêmes », « les pôles » – ou la lutte éternelle de l’homme entre l’immensité du cosmos, la terre, et sa qualité proprement humaine, ce « bloc de matière non taillée », son véritable Soi, sa nature intrinsèque.
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  • « quan » qui s’écrit plus correctement « quán », correspond à l’idéogramme 拳.
    Sa définition populaire moderne est : le poing, la boxe.
    Étymologiquement, « quán » signifie : la main, le corps, le moyen, l’art, l’action, mettre l’énergie dans la main.
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  • Taï ji quan : 太極拳
    Tandis que « tai chi », terme moderne qui désigne le « tài jí quan » est souvent traduit comme signifiant « La boxe du faîte suprême », nous retenons plutôt la définition suivante qui nous semble beaucoup plus pertinente :
    L’être humain est à la fois centré (tài) et à la fois dans la complexité naturelle des pôles opposés (). La main (quán) et le corps (quán) sont des moyens (quán) pour rassembler en soi le tài et le pour établir un équilibre parfait.
  • En résumé :
    Le taïjiquan est la culture de l’Unité qui va de pair avec la conservation du Morcellement.
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Le taïjiquan est un grande et belle façon d’exercer l’Unité (« tài »). Quand au Morcellement (le « jí »)., les occasions de l’exercer ne manquent pas, soit quand on utilise le langage et soit quand on agit dans ce qui s’appelle la civilisation. Le taïjiquan est aussi l’action, le moyen, l’art (« quán »), d’ harmoniser Unité et Morcellement. 

Dans le taïjiquan, Unité et Morcellement se développent et s’amalgament. L’Unité se révèle dans chacune des techniques qui d’abord indirectement puis directement, de façon implicitement puis de façon explicite, mènent au Dantian. Quand au Morcellement, il provient de la multitude des techniques. Chacune d’elles cultive ainsi à la fois l’Unité et le Morcellement. 

 

6. LE TAÏJIQUAN SELON DES GRANDS EXPERTS

Chacun à sa manière, avec des expression différentes, plusieurs grands experts l’affirme, le taïjiquan est un exercice de l’Unité. 
Le taïjiquan peut être bien des choses : une technique de combat, une discipline psychosomatique, un sport popularisé, une gymnastique douce, une technique thérapeutique, une relaxation en mouvement, un yoga chinois, une technique taoïste de longévité, une école de maîtrise de soi, une technique taoïste de longévité.

Mais, il peut aussi et surtout être un exercice de l’Unité. Voici en résumé la définition du taïjiquan par des experts de grand renom à ce sujet :
  • « Le pugiliste est un Art mineur. Le but du pugiliste dans les Arts martiaux est de chercher le Dao. » Shi Ming
    N.D.L.R. le Dao est la dénomination chinoise de l’Unité.
  • Le taïjiquan est une « pratique unissant le ciel, la terre et l’homme... dans un retour au naturel, à la spontanéité. » Catherine Despeux, Taïjiquan, Guy Trédaniel, 1981
  • « En aval, le taïjiquan est un Art martial,... en amont, c’est un retour à l’unité primordiale à travers la recherche d’une force qui ne s’appuie pas sur le développement musculaire, mais sur la concentration de l’énergie interne que possède tout homme et qui en fait une parcelle de l’univers. » Roland Habersetzer, Taïjiquan, Amphora, 1988
  • « Ainsi, l’affinage de la conscience dans les Arts martiaux est non seulement indispensable, mais il doit être considéré aussi comme la voie essentielle de recherche dans ce domaine.» Shi Ming
  • « Le taïjiquan puise sa signification profonde là où l’action et la méditation s’unissent. » Jean Gortais, Taïjiquan, Le Courrier du Livre, 1981
  • « Le taïjiquan demeure avant tout un Art d’éveil et d’ouverture. » Gu Meisheng, créateur du style Guo
  • « Le taïjiquan est un Art qui permet l’identification au Dao. Cela en est le principe essentiel. » Sun Lutang, créateur du style Sun
  • « Le taïjiquan est la danse du Dao » Al Chung-liang Huang
  • Wu Yuxiang, le créateur du taïjiquan de style Wu disait que : « le taïjiquan est semblables aux flots d’un long fleuve ou de la mer qui se meuvent continuellement et sans fin  »
On peut trouver des explications détaillée du TAÏJIQUAN sur le site Internet de notre école, spécialement dans les rubriques de l’Art du cœur et de la  Méthode des Treize
 

7. L’UNITÉ ET LE MORCELLEMENT
    DE LA TRADITION TAOÏSTE

La tradition de l’alchimie taoïste consiste essentiellement à explorer le mystère de l’Unité et du Morcellement. 
Le taiji et le yin-yang sont la représentation chinoise de l’Unité et du Morcellement. Symbole caractéristique associé au taïjiquan. le taijitu (image ci-contre), appelé communément en Chine « les deux poissons yin-yang », représente l’Unité (le cercle, Dao « Mère du toute chose ») qui coexiste avec le Morcellement (le poisson noir et le poisson blanc, yin-yan et dix mille êtres).
Le Morcellement se manifeste par la pensée, le sensoriel et l’ego ce qui équivaut à ce que les Chinois appellent le « ciel postérieur » (Hou Tian : 后天) et l’activité postnatale. C’est la source de la science, de la philosophie, de la religion et de la culture et correspond dans une certaine mesure à ce qui est appelé l’acquis. 
L’Unité quant à elle est en relation avec l’inné, avec le congénital, avec la nature originelle. Elle correspond à ce que les Chinois appellent le « ciel antérieur » (Xian Tian : 先天) et à l’activité prénatale. Cela correspond dans une certaine mesure à l’inné. Selon la tradition taoïste, l’Unité procède à partir du Dao (la source) quand on se réfère au cosmos et à partir du Xin (cœur) quand on se réfère à l’être humain. Le Dao est le cœur et le cœur est le Dao.
 

天下萬物生於有 , 有生於無.
Tian xia wan wu sheng yu you , you sheng yu wu.

Sous le Ciel postérieur les dix mille êtres naissent et vivent par « You », 
« You » (le Ciel postérieur) est né et existe par « Wu » (le Ciel antérieur).

Lao-tseu, Dao de jing, chapitre 40

 
Selon la plus ancienne source chinoise du taïjiquan, celle de l’Alchimie interne taoïste, le Morcellement et l’Unité, sont appelés respectivement « l’énergie vitale » et « la nature originelle ». La racine de la vie se situe dans les reins (le Rein). Elle se manifeste avec le d’où émane le mouvement symbolisé par l’eau. De son côté, la racine de la nature originelle se situe dans le cœur (xin). Elle se manifeste avec le chan d’où émane le calme symbolisé par le feu.
En dramatisant :

« Les subtilités du Tao (Dao) résident dans la nature originelle et la vie ; cultiver la nature originelle et la vie, c’est retourner vers l’Un. Les sages anciens utilisaient des symboles pour parler du retour de la nature originelle et de la vie à l’Un, car ils ne voulaient pas présenter ces enseignements de façon directe. Par conséquent il est aujourd’hui difficile de trouver quelqu’un qui comprenne véritablement la signification de la culture de l’esprit et du corps. »
 
« Dans le ventre de notre mère, la nature originelle et la vie sont entrelacées comme des flammes dans une fournaise. » Puis à la naissance, « telle une montagne qui s’effondre, le fœtus tombe et sort. Dès les premiers cris du nouveau-né, la nature originelle et la vie sont séparés. »
 
Le processus alchimique consiste à immerger le feu dans l’eau afin que la nature originelle et la vie puissent à nouveau fusionner. En fait, l’Unité et le Morcellement alternent dans un ballet ininterrompu durant toute la trame de notre existence. Tandis que le premier échappe à notre entendement et que le second saute aux yeux, l’accord entre les deux demeure un grand mystères.

« L’énergie vitale prend naissance dans le tan-t’ien (Dantian). Puis elle remonte le long du dos et redescend à l’avant du corps. Ce circuit est appelé "la Roue du Dharma". Le mouvement de l’énergie vitale (qì) est commandé par la respiration, tant interne qu’externe. [...] Se déplaçant de façon synchronisée avec la respiration, l’énergie tourbillonne tout d’abord jusqu’au sommet de la tête pour tomber ensuite dans l’abdomen. C’est ce que le Sixième patriarche (Hui-neng) entendait par "j’ai une substance. vers le haut, elle soutient le ciel. vers le bas, elle s’enfonce dans la terre.  »
 
Source : Liu Hua-Yang (1736-1846?) expert en alchimie interne taoïste,
Cultiver l’énergie de la vie : Le traité du Hui-Ming Ching, trad. Eva Wong et Jean-François Morel­, Édition de l’Éveil, 1999, (première publication 1794)
N.D.L.R. Le Hui-ming ching est certainement le traité taoïste le plus important sur les arts de longévité, écrit à une époque récente. Lors de sa première publication en 1794, ce traité suscita au sein de la communauté taoïste des réactions contradictoires : il choqua les traditionalistes et enthousiasma ceux qui recherchaient une approche plus accessible du savoir. Il abandonne en effet le langage symbolique qui fait la spécificité des classiques anciens pour présenter d’une manière simple et concrète les thèses fondamentales du taoïsme, les orbites microcosmiques et macrocosmiques, le rôle de la respiration dans la circulation de l’énergie et la conservation de l’énergie procréatrice. Mais ce n’est pas sa seule originalité. Il s’agit aussi de l’un des rares traités taoïstes à décrire et à illustrer dans son intégralité le processus de transformation spirituelle. Deux cents ans après sa publication, le Hui-ming ching demeure l’un des ouvrages les plus accessibles sur le thème de la longue vie, dont les techniques sont enveloppées de mystère depuis des siècles.

9. L’UNITÉ ET LE MORCELLEMENT
    AVEC LE DANTIAN (丹田)

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Le rôle du Dantian est primordial dans les techniques de l’Art du Cœur telles que le taïjiquan. Le Dantian est le catalyseur principal pour cultiver l’Unité. 

Dans la tradition chinoise en général et dans l’alchimie interne taoïste en particulier dont fait partie le taïjiquan, il est question de trois champs de cinabre (Dantian), qu’on met en relation avec la trinité taoïste Terre, Homme, Ciel.

Le champ de cinabre inférieur, Xià Dāntián 下丹田, se situe entre le repère avant et le repère arrière, au centre du corps, au niveau du point Qihai 气海. Il correspond à la Terre. Le repère avant se situe à deux doigts sous le nombril et le Repère arrière sur le sacrum, près de l’articulation sacro-lombaire.

Le champ de cinabre médian, Zhōng Dāntián 中丹田, correspond à l’Homme. Le champ de cinabre supérieur Shàng Dāntián 上丹田 correspond au Ciel.

Contrairement à une interprétation généralement répandue, dans la Méthode des treize constituants, les trois champs de cinabre sont trois aspects du seul et unique Dantian. Allégoriquement on les situe respectivement au bassin, à la poitrine et à la tête. Cette définition simpliste permet d’éviter une explication plus juste qui peut s’avérer plutôt déconcertante. Au départ, le Dantian (dit inférieur) est objectivé tel une présence qui est le centre de notre être au milieu du bassin. C’est le seul Dantian compréhensible par l’intellect et donc traduisible en mots. Les deux autres sont des transformation du premier, ce qui les place hors de portée du langage. Si on le tente quand même de les expliquer, on est obligé de se livrer à une gymnastique de l’esprit et d’écouter avec le cœur plutôt qu’avec la tête.

Graduellement, se révèle le Dantian (dit médian) reflet de l’unité du corps et l’unité de l’esprit. Plus tard, apparaît le Dantian (dit supérieur), reflet de l’unité du corps, de l’esprit et du cosmos confondus.

Les trois champs de cinabre sont trois creusets alchimique qui contiennent les « trois trésors » (sanbao 三寶) que sont le qì brut (vitalité, jing ), le qì raffiné (souffle, qì ) et le qì subtil (shen ) dans le développement d’un savoir-faire pour côtoyer le Naturel. Le qì brut provient en général de tout ce qui comporte notre existence : action, alimentation, sensation, écoute, etc. Le qì brut est conservé et gouverné par le Rein.

Les trois champs de cinabre et les trois trésors conduisent à trois processus alchimiques qui mettent en action les constituants organiques (mouvement, alignement, respiration, détente et qì) et les constituants subtils (shì, yì, zhì et xìn) qui mûrissent dans le cadre des constituants structurels (forme, posture, manœuvre et phase). Voir Les Treize constituants.

Premier processus alchimique

Grâce au Dantian inférieur, le qì brut est raffinée et transformée en qì raffiné et, conséquemment, le Dantian inférieur devient le Dantian médian. Ici entre principalement en action le mouvement, l’alignement, la respiration, la détente, le qì et le shì. Au départ, il y a un corps absent, meurtri, morcelé et un esprit volatile, agité, inconsistant. Au final, il y a l’unité du corps et Unité de l’esprit.

Deuxième processus alchimique

Grâce au Dantian médian, le qì raffiné est transformé en qì subtil qui est accumulé dans le bassin et gouverné par le Dantian. Grâce au Dantian médian, le qì raffinée est transformée en qì subtil et, conséquemment, le Dantian médian devient le Dantian supérieur. Ici, entre principalement en action le yì et le zhì. Au départ il y a un corps unifié et un esprit unifié mais les deux encore séparés. Au final, il y a Unité corps-esprit.

Troisième processus alchimique

Grâce au Dantian supérieur, le qì subtil est réintégré à la vacuité, le Dao. Le qì et le Dantian n’existent plus comme tel. Ici entre principalement en action le xìn. Au départ, il y a un corps-esprit unifié, certes, mais séparé du cosmos. Au final, il y a la grande Unité corps-esprit-cosmos.

Une métaphore

Les trois processus ressemblent à la transformation du blé en farine, de la farine en pain, puis du pain en nourriture. Au départ le blé cultivé est « extrait de la terre nourricière ». Le premier processus correspond à l’action du moulin (Dantian inférieur) qui transforme le blé en farine. Le deuxième processus correspond à l’action du four (Dantian médian) qui transforme le farine en pain. Le troisième processus correspond à l’action du système digestif (Dantian supérieur) qui absorbe et « retourne à la terre nourricière ».

L’Unité et le Morcellement de l’Art du Cœur

Les techniques de l’Art du Cœur tel le taïjiquan cultivent l’Unité, en préservant le Morcellement, puis facilitent l’accord entre des deux. Il y a d’abord unification de toutes les parties du corps, ensuite, formation du corps-esprit et enfin, l’unité du corps, de l’esprit et du cosmos confondus ou, autrement formulé, l’Unité retrouvée de la nature originelle et de la vie.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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