La Joie du taïjiquan

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L’art du taïjiquan est issu de la Joie, le taïjiquan célèbre la Joie et le taïjiquan mène à la Joie.
Dans cette tradition, la Joie est plus importante que la santé, la prospérité et le bonheur.

L’ART DU TAÏJIQUAN ET LA JOIE

Quand on part du plus visible vers le plus subtil et qu’on observe la structure de l’art du taïjiquan, celle-ci comprend des formes (enchaînements de mouvements) qui incluent des postures (un seul mouvement) composé d’une ou plusieurs manœuvres (la manœuvre est une unité d’exécution).

Chaque manœuvre se divise en quatre phases (presque toujours les mêmes : démarrage, croissance, enracinement et conclusion) qui permettent d’exprimer les cycles des jeux des cinq éléments (mouvement, posture, respiration, détente et Qi - l’énergie vitale).

Le Shi, les jeux sont les actions choisies dont la somme permet d’effectuer le taïjiquan. Par exemple, dans la forme des 24 postures, dans la manœuvre "séparer la crinière du cheval sauvage", on peut distinguer quatre jeux de l’élément respiration comme suit : 1) inspiration abdominale dans la phase démarrage, 2) inspiration thoracique dans la phase croissance, 3) apnée dans la phase enracinement et 4) expiration dans la phase conclusion.

Il y a ainsi pour chaque manœuvre des jeux qui correspondent aux cinq éléments.

Tous et chacun des jeux du taïjiquan comprennent implicitement un jeu de base, le Yi, l’agir et le non-agir.

Le Yi repose à son tour sur le Zhi. Le Zhi est un appel de la Vie qui, en-deçà de la personne, passe par le corps, agit par « résonance », permettant ainsi de libérer ou de dévoiler… la Vie.

Puis il y a le cœur du taïjiquan : le Xin. Le Xin est en aval, en amont et en filigrane de toute la structure du taïjiquan, de ses formes à ses jeux, en incluant le Yi et le zhi. Essence du taïjiquan et impossible à définir, le Xin, équivalent au Dao (mère de toute chose), repose sur la Joie.

La Joie :
L’art du taïjiquan est issu de la Joie, le taïjiquan célèbre la Joie et le taïjiquan mène à la Joie.

Il ne faut pas confondre ce ravissement avec l’ivresse du vin, l’euphorie de la possession et la volupté des passions amoureuses. Il ne faut confondre l’illumination ni avec la lumière, ni avec la flamme d’une torche, ni avec les rayons du Soleil, ni avec les lueurs de la lune. Quand on cesse de se référer à des schémas préfabriqués, la joie ressentie ressemble à la suppression d’un fardeau ou à la découverte d’un trésor enfoui : la terre de l’éternelle unité indivisible.

Abhinavagupta, Les Huit stances sur l’Incomparable


LA JOIE

La Joie dont il est question ici n’est pas la joie à l’opposé de la tristesse, Il pourrait même les englober tous les deux.

Y a-t-il dans le monde une joie suprême qui puisse faire vivre la personne ?

Et pour s’assurer cette joie, sur quoi s’appuyer ? Qu’éviter ? Qu’adopter ? De quoi s’approcher, de quoi s’écarter ? Qu’aimer ? Que détester ?

Ce que tout le monde respecte, ce sont les richesses, les honneurs, la longévité, l’excellence ;

ce dont tout le monde fait sa joie, ce sont le bien-être corporel, la bonne chère, les beaux vêtements, les belles couleurs et la musique.

Ce que tout le monde méprise, ce sont la pauvreté, l’obscurité, la mort prématurée et la mauvaise réputation.

Ce dont tout le monde souffre, c’est de la privation du bien-être corporel, de bons aliments, de beaux vêtements, de belles couleurs et de musique.

Qui n’obtient pas ces choses s’afflige et s’inquiète.

Cette attitude est stupide, car elle ne conduit pas même au bien-être du corps.

Le riche se fatigue, travaille intensément, amasse plus d’argent qu’il n’en peut dépenser. Ses actes restent extérieurs au bien-être du corps. Jour et nuit le haut dignitaire pense et repense à ce qu’il fait de bien ou de mal. Lui aussi, il se distance du bien-être de son corps. la vie d’un homme s’accompagne dès la naissance de soucis de toute espèce ; s’il vit longtemps, il tombe dans l’abrutissement et finit par se soucier de ne pas mourir. Combien cette condition est misérable et s’éloigne du bien-être du corps. Le héros qui se sacrifie pour ses semblables est considéré par tous comme bon ; cela ne suffit pas à le conserver en vie. (…)

Quand j’observe ce pour quoi aujourd’hui le vulgaire agit et ce dont il fait sa joie, je ne sais si cette joie est une vraie joie ou non. Ce dont tout le monde fait sa joie, ce vers quoi la plupart des hommes s’empressent tout droit comme s’ils ne pouvaient faire autrement, tout le monde l’appelle joie ; mais je ne sais s’il y a là joie ou non. Une telle joie existe-t-elle vraiment ou n’existe-t-elle pas ?

Dans le non-agir, selon moi réside la vraie joie. Mais tout le monde le considère comme la plus grande souffrance. Ainsi il est dit :

       "La joie suprême est sans joie ; la gloire suprême est sans gloire"

Le vrai et le faux ici-bas ne sauraient être définis, mais le non-agir permet de déterminer le vrai et le faux.

Si la joie suprême est de faire vivre la personne, seul le non-agir conserve l’existence.

Qu’on me permette d’essayer de m’expliquer : le ciel n’agit pas, d’où sa limpidité ; la terre n’agit pas, d’où sa stabilité. Ainsi les deux s’accordent pour ne pas agir et cependant, par eux, toutes choses se transforment et se produisent. Fuyants, inaccessibles, rien ne surgit d’eux qui soit sensible, et cependant ils donnent naissance à tous les êtres chacun à son rang. Ainsi il est dit :

       "Le ciel et la terre ne font rien et il n’y a rien qu’ils ne fassent."

Mais qui parmi les hommes est capable de ne pas faire ?

Tchouang-Tseu, Oeuvre complète, IVe siècle av. JC, Traduction Liou Kia-hway, Gallimard-Unesco, 1969, pp.144-145.

On peut dire que :

Tout commence dans la Joie et tout finit dans la Joie.
La Joie est au commencement de tout et à la fin de tout.
La Joie est le moyen et le but.
Il n’y a que la Joie tout n’est que Joie.
Nous sommes dans la Joie et nous ne sommes que Joie.

On ne peut la chercher,
car elle n’est ni à l’extérieur ni à l’intérieur.
On ne peut ni la perdre ni l’acquérir,
car nous en sommes à la fois la source et l’expression. 

La Joie est plus importante que la santé, la prospérité et le bonheur parce qu’elle les précède et qu’elle les alimente.

La joie est le parfum même de l’existence et il n’y a rien à faire pour y arriver. Désirer des choses pour soi, vouloir se changer, s’améliorer, se libérer, devenir réalisé, tout cela n’est que peur et refus de ce qui est là.

Jean Bouchart d’Orval

Plus d’information sur la Joie.

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Le symbole chinois pour la JOIE