Printemps et taijiquan

________________________________
________________________________
________________________________
Il n’est rien de si précieux que le temps de notre vie, cette matinée infinitésimale, cette fine pointe imperceptible dans le firmament de l’éternité, ce minuscule printemps qui ne sera qu’une fois et puis jamais plus. (...) Tout à l’heure, il sera trop tard, car cette heure-là ne dure qu’un instant. Le vent se lève, c’est maintenant ou jamais. Ne perdez pas votre chance unique dans toute l’éternité, ne manquez pas votre unique matinée de printemps.
Vladimir Jankélévitch



Prenons comme hypothèse…

Nous n’avons ni corps, ni émotion, ni pensée. Nous sommes du néant dans le néant. Depuis toujours et pour toujours, nous sommes du néant dans le néant. Nous n’existons pas, l’univers n’existe pas. Depuis toujours et pour toujours, nous sommes du néant dans le néant.

Bing ! Le temps d’un éclair, nous sommes au monde, nous grandissons, nous vieillissons et nous disparaissons. Bing !

La durée de notre existence est de 80, 90, 100, 110 ans... un clignement d’œil à l’échelle cosmique. Comparez avec la Terre qui date de 5 milliards d’années et l’univers qui date de 15 milliards d’années.

Dans le très court moment entre notre apparition et notre disparition, nous parcourons le monde, nous admirons les étoiles, nous profitons du printemps… Pourquoi nous et non les milliards de milliards, de milliards de tous ceux qui n’existeront jamais ? Quelle chance ! Nous sommes les heureux gagnants de la plus grande et la plus mystérieuse des loteries de l’univers.

Ensuite, ce sera le retour au néant. Plus de fleurs, plus de terre, plus d’étoiles et finis les printemps. Depuis toujours et pour toujours encore, nous n’existerons pas, l’univers n’existera pas. Depuis toujours et pour toujours encore, nous serons du néant dans le néant.

Il y a peut-être la vie après la mort, le ciel, l’enfer, la réincarnation… ou rien, qui sait ?

Pour le moment, c’est la surprise, l’étonnement, la curiosité, l’enchantement… Chaque coup de vent est une caresse inestimable, chaque rayon du soleil, chaque printemps est un cadeau incalculable. Les peines et les malheurs sont peut-être eux aussi, à leur manière, des cadeaux ?

La faim, la douleur, le malheur et la mort… sont peut-être nécessaires à la satiété, au plaisir, au bonheur et à la vie ? Peut-être que les uns ne peuvent exister sans les autres ? Selon le Tao Te Jing, « Le beau a besoin du laid pour exister… le son est inexistant sans le silence ».

Malgré tout, nous sommes au monde ! Ne faut-il pas crier notre joie et célébrer notre présence et notre participation au monde ? Depuis 2 millions d’années, nous les humains parcourons la planète et ne cessons de découvrir la grandeur et la majesté du monde. Nous avons appris beaucoup sur l’univers mais plus nous élargissons nos connaissances et plus le mystère augmente. L’existence même de ce mystère est peut-être la plus grande de nos découvertes ? Notre venue au monde, notre présence dans l’univers et l’arrivée du printemps en sont des manifestations !

QIGONG, KUNG-FU ET TAÏJIQUAN

De l’évidence que la vie est précieuse, naît l’évidence qu’il faut tout faire pour mieux la connaître, l’entretenir, la préserver et la célébrer. La danse, la musique, ainsi que les autres expressions artistiques sont les premières activités humaines nées de ces préoccupations. Les religions, les philosophies et les sciences répondent, chacune à leur manière, à ces préoccupations.

Quant à eux, les inventeurs chinois du qigong, du kung-fu et du taïjiquan, ont légué un héritage prodigieux qui échappe aux catégories telles que nous les connaissons. Un héritage fabuleux qui est un art où l’artiste et la réalisation artistique se confondent, un mystère sans Dieu ni rejet de Dieu, une philosophie sans parole qui passe par le langage du corps, une science sans théorie ni formule qui repose sur la mise en œuvre individuelle de ce qui est universel.


Plus d’information sur le qigong, le kung-fu et le taïjiquan.

Ces quelques réflexions inspirées des traditions ancestrales de la Chine aiderons peut-être l’apprentissage de nos enseignements, sans être à un enseignement à leur tour. Il faut les considérer pour ce qu’elles sont : enthousiasme et joie… pour le retour du printemps.

Avec le printemps la nature se réveille et s’anime : les oiseaux, les nuages, le vent, la pluie, les fourmis, les souris, les matous… Célébrer le printemps, c’est saluer la vie, c’est vibrer à notre présence au monde.

Malheureusement, il y en a plusieurs qui n’ont pas vu que c’était le printemps.

Et vous, avez-vous remarqué l’arrivée des bourgeons ?



Léo Ferré - C’est le printemps


Léo Ferré - C’est le printemps

Y a la nature qu’est tout en sueur
Dans les hectares y a du bonheur
C’est l’printemps

Y a des lilas qu’ont même plus l’temps
De s’faire tout mauves ou bien tout blancs
C’est l’printemps

Y a du blé qui s’fait du mouron
Les oiseaux eux ils disent pas non
C’est l’printemps

Y a nos chagrins qu’ont des couleurs
Y a même du printemps chez l’malheur
Y a la mer qui s’prend pour Monet
Ou pour Gauguin ou pour Manet
C’est l’printemps

Y a des nuages qui n’ont plus d’quoi
On dirait d’la barbe à papa
C’est l’printemps

Y a l’vent du nord qu’a pris l’accent
Avec Mistral il passe son temps
C’est l’printemps

Y a la pluie qu’est passée chez Dior
Pour s’payer l’modèle Soleil d’Or
Y a la route qui s’fait nationale
Et des fourmis qui s’font la malle
C’est l’printemps

Y a d’la luzerne au fond des lits
Et puis l’faucheur qui lui sourit
C’est l’printemps

Y a des souris qui s’font les dents
Sur les matous par conséquent
C’est l’printemps

Y a des voix d’or dans un seul cri
C’est la Sixtine qui sort la nuit

Y a la nature qui s’tape un bol
A la santé du rossignol
C’est l’printemps

Y a l’beaujolais qui la ramène
Et Mimi qui s’prend pour Carmen
C’est l’printemps

Y a l’île Saint-Louis qui rentre en Seine
Et puis Paris qui s’y promène
C’est l’printemps

Y a l’été qui s’pointe dans la rue
Et des ballots qui n’ont pas vu
Qu’c’était l’printemps




























Charles Monroe Schulz, Peanuts, traduction inconnu