Le goût, la discipline et le taïjiquan


« J’aimerais bien faire du taïjiquan à la maison… malheureusement, je manque de discipline. »

J’entends régulièrement ce commentaire. Il provient souvent des élèves qui apprennent le taïjiquan. À l’occasion je l’entends dire par des personnes qui songent à s’abonner à des cours de taïjiquan, mais hésitent. Alors que ceux qui suivent des cours utilisent le manque de discipline pour s’excuser de ne pas faire le taïjiquan à la maison, ceux qui ne suivent pas de cours parlent de manque de discipline pour s’excuser de ne pas s’abonner à des cours.

C’est dommage !

Ce qui est dommage, ce n’est pas le manque de discipline. Ce n’est pas, non plus, de ne pas faire le taïjiquan à la maison ou de ne pas s’abonner à des cours. Ce qui est dommage, c’est le manque de clarté avec la situation.

Et si on interprétait correctement la situation ? Au lieu de dire « je manque de discipline », on dirait plutôt « cela ne me plait pas ». Au lieu de sous-entendre « que voulez-vous, je suis fait comme cela » et « on ne peut me changer », on sous-entendrait « je n’en ai pas le goût ». Cela change toutes les perspectives parce qu’on peut très difficilement développer la discipline tandis qu’avec le goût, on peut avoir des bonnes surprises. Avant de conclure qu’on aime ou qu’on n’aime pas, il faut goûter. Avec la discipline, la situation est plus fermée, avec le goût, c’est plus ouvert… du moins, tant qu’on n’a pas goûté. Puis, tandis que le goût mène facilement à la discipline, la discipline conduit difficilement au goût.

Les mots sont importants parce qu’à partir des mots des attitudes vont se développer.
Docteur Pierre Mailloux

Connaissez-vous quelqu’un qui va au cinéma, au théâtre au concert par discipline ? Jouez-vous aux cartes, aux échecs, aux jeux vidéos par discipline ? Vous adonnez-vous au ski, au patin, au vélo par discipline ? Vous livrez-vous aux mots-croisés, au sudoku par discipline ? Buvez-vous, mangez-vous, dormez-vous par discipline ? Prenez-vous du bon temps, des vacances, par discipline ?

Alors ! Pourquoi essayer de faire du taïjiquan par discipline ?

De plus en plus de personnes suivent les bons conseils : boire plus d’eau, manger moins, manger mieux, faire de l’exercice, etc. De plus en plus de personnes commencent toute sortes de régimes, s’abonnent à toute sorte d’activités de conditionnement physique. Mais, très peu persévèrent parce que, malheureusement, l’accent est presque toujours mis sur la discipline au lieu du goût.

Le goût ! Le goût ! Le goût !

Il faut remplacer le mot « discipline » par le mot « goût ». La discipline ferme les portes alors que le goût les ouvre.

C’est par goût qu’on va au cinéma, au théâtre et au concert. C’est par goût qu’on joue aux cartes, aux échecs et à toutes sortes de jeux. C’est par goût qu’on s’adonne au ski, au patin, au vélo, qu’on se livre aux mots-croisés, au sudoku. C’est le goût qui nous fait boire, manger et dormir, prendre du bon temps, des vacances, etc.

Nous avons perdu l’usage du goût ! Nous avons souvent même perdu la notion même de goût ! Il faut réveiller le goût ! Il faut développer le goût ! Il faut se fier à son goût !

RÉVEILLER LE GOÛT

D’abord, le goût se réveille à petite dose. Pour bien découvrir une nouvelle saveur, un nouveau mets, on prend une minuscule bouchée. On prend son temps, on s’y attarde pour laisser la nouveauté faire son chemin. On attend pour bien saisir ce qui en découlera. On goûte ainsi encore. Puis, on augmente en peu la portion. Puis, on aime ou on n’aime pas. Le goût reste une affaire strictement personnelle. On peut aimer quelque chose que le monde entier trouve affreux. La preuve : Florence Foster Jenkins.

Le goût reste VOTRE affaire, pas celle des autres ! La preuve ?

Avec le goût, tout est possible, même le manque de goût.

Écoutez Florence Foster Jenkins qui « massacre » Mozart

Ce n’est pas un canular. Florence Foster Jenkins a réellement existé. Elle fut une véritable « catastrophe musicale ». Cependant, elle était entièrement persuadée de son talent extraordinaire et avait tellement le goût de chanter que tout indique qu’elle soit morte avec le sentiment de plénitude heureuse et confiante avec laquelle elle traversa sa vie d’artiste. Florence Foster Jenkins a eu 32 ans de carrière à succès. À 76 ans, elle se produisit au célèbre Carnegie Hall de New-York à guichet fermé. Le récital était tant attendu que les billets pour l’évènement furent vendus des semaines à l’avance.
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Florence_Foster_Jenkins ">Pour en savoir plus sur Florence Foster Jenkins.

J’aime bien cette Florence. Entendons-nous bien, je l’aime bien, mais jamais je n’aurais assisté à ses concerts. J’aime son audace et sa détermination. Elle chante parce qu’elle aime chanter. Elle chante envers et contre tout : sa famille, ses amis, les critiques, les huées dans la salle et même son manque total de talent. Elle chante pour le plaisir et sans attendre de résultats. Dans ce sens, c’est très semblable au taïjiquan qui n’est pas une recherche de résultats. Certes, on chercher à améliorer ce qu’on fait, mais c’est le plaisir de chercher qui domine. Une certaine amélioration se produit, plus lentement ou plus rapidement, mais arrive comme conséquence inévitable.
 

DÉVELOPPER LE GOÛT

Si on aime, on revient. On revient graduellement et occasionnellement. Sans ce retour, le goût qui a été apprécié une première fois ne se développe pas. Avec ces retours, le goût devient plus attirant ou alors, il se révèle repoussant. Quand le goût se confirme, alors, quelquefois, on revient plus régulièrement.

Dans tous les arts, le plaisir croît avec la connaissance que l’on a d’eux.
Ernest Hemingway

SE FIER À SON GOÛT

À force de se fier à son goût, celui-ci se développe et devient de plus en plus fiable. Le goût se développe. Il touche de plus en plus de domaines. En s’appuyant sur notre goût, nos actions deviennent plus en plus satisfaisantes, gratifiantes et réjouissantes. Avec le goût, le jugement et la discipline se développent naturellement. On découvre quelquefois qu’on n’a plus besoin de faire comme tout le monde, de suivre la mode, de courir le dernier truc branché, de chercher la confirmation des autres, de lire son horoscope, de fréquenter les diseuses de bonne aventure, etc.

Le bonheur c’est le plaisir sans remords.
Socrate

LE TAÏJIQUAN N’EST NI UNE CORVÉE NI UNE DISCIPLINE, MAIS UN PLAISIR

Il faut goûter au taïjiquan pour savoir si on aime cela. Une fois, deux fois, puis, il faut ensuite y revenir plusieurs fois, et alors le goût se développera peut-être. Sinon, il faut trouver quelque chose d’autre à faire. Si on prend goût au taïjiquan, on s’y adonne de plus en plus. Plus on s’y adonne, plus le goût augmente et plus le goût augmente, plus le goût se confirme. Le taïjiquan n’est pas une corvée mais un plaisir.

Le plaisir donne ce que la sagesse promet.
Voltaire

CHOISISSEZ UNE ACTIVITÉ PHYSIQUE QUE VOUS AIMEZ

Que ce soit le taïjiquan ou autre chose, il faut choisir et pratiquer une activité physique pour le plaisir qu’elle nous procure.

Pour la première fois, le Guide alimentaire canadien fait la promotion de l’activité physique. Il mentionne plusieurs activités ludiques notamment les suivantes : « Emmenez vos enfants au parc. Amusez-vous avec eux », « Allez jouer dehors. Jouez au soccer, au basketball, au baseball, au tennis, au badminton, au volleyball ou pratiquez tout autre sport qui vous intéresse. », « Penchez-vous et étirez-vous tout au long de la journée. Essayez de pratiquer le Taïjiquan. »

Le Cepsum vient d’avoir une belle initiative et de mettre sur pied le programme « Ma santé au sommet » , qui invite la communauté universitaire à adopter de saines habitudes de vie, dont l’exercice. Le programme est riche d’informations. Il propose un grand choix d’activités physiques et ludiques, dont les activités du Cepsum même qui comprennent du taïjiquan.

De plus en plus, le plaisir remplace la discipline. De plus en plus, l’objectif est le plaisir et non les résultats, même si ceux-ci sont au rendez-vous. Les résultats sont même décuplés quand l’accent est mis sur le plaisir, car le plaisir assure une assiduité facile et bienfaisante. Non seulement, « l’adhésion à long terme est essentiellement liée à la satisfaction, au plaisir que les individus tirent de leur pratique. » Mais aussi : « le plaisir, ou plutôt la construction d’une relation de plaisir à la pratique des Activités physiques et de Santé (APS), doit donc être considéré comme l’acquisition fondamentale en Éducation physique et de Santé (EPS). » Source : Centre de l’Activité Physique et Sportive (EPS).

L’augmentation du décrochage scolaire préoccupe beaucoup. Certains veulent arrêter la réforme. D’autres veulent resserrer la discipline, ramener le vouvoiement (Allo !? Vous êtes-tu sérieux ?). On discute sur les méthodes d’enseignement, les programmes scolaires, les objectifs de l’éducation, etc. Et si les jeunes n’aimaient simplement pas l’école et ce qu’ils y font ? Ne faudrait-il pas se mettre à l’écoute des jeunes et faire une plus grande place au plaisir dans l’école ? Comment peut-on donner et développer le goût de l’école ?

La vie sans plaisir est une mort hideuse.
Marc de Papillon de Lasphrise