L'arbre scientifique, poétique et naturel


Nos Grands Stages de cet été ont remporté un vif succès. Beaucoup de participants nous ont fait des commentaires élogieux et nous les remercions. Le Qigong des arbres y était à l’honneur. Les arbres sont nos cousins, nos frères vivants et pas seulement un élément du paysage, du bois pour le chauffage ou du bois pour la construction.

Par exemple : le génome de l’arbre est dix fois plus important que celui de l’homme et diffère dans chaque grande branche d’un même individu.

L’arbre scientifique

L’arbre a été étudié sous toutes ses racines, toutes ses branches et toutes ses feuilles et continue encore de l’être. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les chercheurs s’acharnent toujours à percer le mystère du code génétique de l’arbre.

La dendrologie (la science des arbres), une branche de la botanique, nous en apprend beaucoup : les espèces, la physiologie végétale, les relations avec son environnement, etc. C’est fascinant, c’est passionnant, c’est l’arbre scientifique, mais le Qigong des arbres ne concerne pas l’arbre scientifique.

L’arbre poétique

Le poète ne regarde pas l’arbre scientifique. Pour lui l’arbre est source d’inspiration. L’arbre est ce qu’il suggère, ce qu’il rappelle. C’est touchant, émouvant, c’est l’arbre poétique, mais le Qigong des arbres ne concerne pas l’arbre poétique.

GUILLAUME APOLLINAIRE

LES SAPINS

Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
A briller plus que des planètes

A briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses

Les sapins beaux musiciens
Chantent des Noëls anciens
Aux vents des soirs d’automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne

Des rangées de blancs chérubins
Remplacent l’hiver les sapins
Et balancent leurs ailes
L’été ce sont de grands rabbins
Ou bien de vieilles demoiselles

Sapins médecins divagants
Ils vont offrant leurs bons onguents
Quand la montagne accouche
De temps en temps sous l’ouragan
Un vieux sapin geint et se couche.
PIERRE LOUYS

Les arbres des forêts sont des femmes très belles
Dont l’invisible corps sous l’écorce est vivant.
La plus pure eau du ciel les abreuve, et le vent
En séchant leurs cheveux les couronne d’ombrelles.

Leur front n’est pas chargé de la tour des Cybèles:
L’ombre seule des fleurs sur leur regard mouvant
Retombe, et, le long de leurs bras se poursuivant,
Tournent les lierres verts qu’empourprent les rubelles.

Les arbres des forêts sont des femmes debout
Qui le jour portent l’aigle et la nuit le hibou,
Puis les regardent fuir sur la terre inconnue.

La rapide espérance et le rêve incertain
S’envolent tour à tour de leur épaule nue
Et la captive en pleurs s’enracine au destin.


L’arbre naturel

L’arbre naturel c’est l’arbre qui nous touche dans notre sensibilité. C’est l’arbre qui nous étonne, dès les premiers instants de notre contact avec lui. Juste avant de reconnaître que c’est un arbre. Juste avant d’identifier de quel arbre il s’agit. Juste avant d’estimer sa taille, son odeur, sa couleur, etc. L’arbre naturel est celui qui nous surprend, avant que notre imagination par ses jeux d’association ne nous suggère des images poétiques. L’arbre naturel c’est la rencontre avec un indéfinissable merveilleux.

Mais comment cela est-il possible ?

L’arbre naturel c’est l’arbre brut, sans définition, sans explications et sans imagination. L’arbre naturel nous apparaît toujours, mais nous n’y prêtons guère attention, souvent empêtré, justement par les définitions, les explications et notre imagination... L’arbre scientifique aide le côté pratique de notre existence. L’arbre poétique permet de nous exprimer avec bien plus de justesse. L’arbre naturel est un allier pour nous connecter avec notre véritable nature. L’arbre naturel n’est pas un "arbre" mais bien plus. L’arbre naturel est étonnant, il n’est jamais le même. Comme la rivière qui n’est jamais la même, parce que ce n’est jamais la même eau, jamais les mêmes remous, jamais les mêmes teintes, jamais les mêmes odeurs, etc. À notre échelle l’arbre semble fixe, immobile et immuable, mais subtilement, il est toujours en mouvement, sa sève circule, il étire ses racines et ses branches, toujours nouveau, toujours surprenant.

Pour nous aider à retrouver l’arbre naturel, il y a le Qi (énergie vitale, ki, prâna). Le Qi que l’on rencontre dans la médecine traditionnelle chinoise et dans le Taïjiquan. L’arbre regorge de Qi, et certains gros arbres sont des gigantesques réservoirs de Qi. La tradition ancestrale du Qigong des arbres guide notre sensibilité, grâce aux techniques millénaires du Qi. Nous entrons ainsi en contact avec l’arbre grâce au Qi. L’arbre et le Qi nous ramènent ainsi à notre véritable nature.

Mais comment cela se fait-il ?

Le Qi ne s’expliquent pas, comme cela avec des mots. Il faut l’expérimenter, par exemple dans un stage sur le Qigong des arbres ou dans un cours de Taïjiquan.



Glzass Phzilip - Etzoile Pozlaire

Merci à Jean-Pierre pour les photos.


Ce ne sont pas des invocations. Il s’agit de respirer et de faire circuler le Qi, pour se préparer avant de prendre contact avec l’arbre.

Ce n’est pas une posture rituelle. Il s’agit de s’installer dans une certaine posture et de scruter, avec les mains, à distance, le feuillage, le tronc et les racines de l’arbre, pour évaluer et peut-être choisir l’arbre.
Ce ne sont pas des élèves en punition. Il s’agit d’une des façons de prendre contact avec l’arbre.

Ce n’est pas la fatigue. Il s’agit du qigong de l’arbre en position allongée.

Bien oui ! Voici un beau spécimen d’homme-arbre, résultat de la greffe d’un homme avec un arbre. En en jugé par son grand sourire, celui-ci est particulièrement réussi.