Le taïjiquan est un art
Par gilles le samedi, septembre 8 2012, 01:44 - Chroniques - Lien permanent

Dans l’entendement populaire le mouvement serait la caractéristique principale du taïjiquan et l’apprentissage du taïjiquan serait l’apprentissage d’une séquence de mouvement. Cette vision est trop simpliste.
Une fiction invraisemblable
Imaginez un sourd qui est non seulement privé du sens de l’ouïe, insensible aux sons mais aussi aux vibrations et autres résonances en provenance du son. Il l’a toujours été, il ne peut donc en avoir gardé un quelconque souvenir. Tout ce qui est du domaine auditif lui est donc totalement étranger.
Imaginez donc notre sourd qui, enthousiasmé par la grande renommée et l’extraordinaire talent de Mozart et de Chopin, entreprend l’apprentissage du piano.
Imaginer qu’il étudie sérieusement l’histoire de la musique, les systèmes musicaux, les signes musicaux, les gammes, la mesure, la lecture et l’écriture d’une partition, les instruments de musique puis le maniement du piano à partir de photos et de vidéos et même auprès de professeurs expérimentés.
Il assiste à tous les concerts de piano en prenant des notes et en participant à des forums de discussion sur le sujet. Pour lui, le jeu de ses doigts sur le piano c’est une extraordinaire habileté des doigts sur les touches noires et blanches. On lui explique la richesse du son, mais il est incapable de l’apprécier dans sa sensibilité, il ne peut que l’imaginer. On lui explique la mélodie, l’harmonie, le rythme, mais il ne peut que s’en fabriquer des conceptions théoriques.
Il s’exerce, il se perfectionne, mais pourrait-il donner des concert ? Pourrait-il jouer de la musique ?
L’exécution pianistique de notre sourd ne saurait pas une expression de l’art musical. Elle pourrait être une excellente activité de loisir. Elle pourrait même être un excellent accomplissement personnel. Elle pourrait avoir une grande valeur artistique en mime, en expression corporelle ou autre mais n’aurait qu’une connexion accidentelle avec la musique qui est « un art qui permet à l’homme de s’exprimer par les sons ».
La sensibilité et les rythmes
Bouger les doigts sur un piano n’est pas la caractéristique principale de la musique pianistique et l’apprentissage du piano c’est beaucoup plus que l’apprentissage d’une séquence de frappe des touches sur un clavier.
Dans l’entendement populaire le mouvement serait la caractéristique principale du taïjiquan et l’apprentissage du taïjiquan serait l’apprentissage d’une séquence de mouvement. Cette vision est trop simpliste. La musique et le taïjiquan sont basé sur les rythmes et la sensibilité. L’apprentissage de la musique et du taïjiquan consiste principalement à cultiver les rythmes et la sensibilité.
Le taïjiquan ancestral est basé sur les rythmes, les rythmes naturels qui nous composent et qui nous animent. Le rythme du mouvement, le rythme de la respiration, le rythme de la détente, le rythme de la posture et le rythme du Qi. Apprendre le taïjiquan c’est d’abord découvrir les rythmes qui nous habitent puis permettre leur expression la plus complète.
Le rythme c’est la vie, la vie c’est le rythme.
La merveilleuse musique du naturel
La science commence à s’intéresser aux rythmes qui régissent le corps humain. Par exemple, avec le Chronobiotron, un tout nouvel équipement installé à Strasbourg, l’étude des rythmes biologiques prend de l’ampleur.
Souvent la musique s’inspire de ce qu’il y a de plus profond dans la nature. Écoutez par exemple : Claude Debussy, Maurice Ravel, Igor Stravinsky, Olivier Messiaen, Ravi Shankar et enfin, toute la musique traditionnelle chinoise...
Les rythmes extérieurs et les rythmes intérieurs
Le taïjiquan provient en grande partie du qigong qui est lui-même issu en grande part de l’art de la danse (wudao).
Dès les débuts de l’humanité, la danse est apparue, sous forme de mouvements de toutes sortes entraînés par le rythme. Chaque danse est soutenue par ses rythmes propres. Dans la danse, le mouvement est porté par des rythmes extérieurs : bruits, sons, musiques. La danse devient qigong quand le mouvement est porté par des rythmes intérieurs reliés à la respiration, à la détente, à la posture et au Qi, d’où l’expression « la danse du Dao » qui quelquefois désigne le taïjiquan.
La respiration
Les rythmes intérieurs sont subtils et difficiles à déceler. Le rythme de la respiration, alternance de l’inspiration et de l’expiration, a peut-être été le premier dont on s’est servi pour animer les mouvements.
La détente
Les muscles du corps se contractent et se relâchent continuellement. Tandis que la contraction est automatique et rapide, le relâchement et lent et différé. Le relâchement peut-être facilité, libéré, c’est le « travail » de la détente. Quand les rythmes de la contraction et du relâchement s’expriment complètement, naturellement, ils alimentent le mouvement aux côtés de la respiration.
La posture
Empiriquement, les inventeurs du qigong et du taïjiquan ont découvert les rythmes de la verticalité. La marche n’est-elle pas une succession de chute à chaque pas rattrapée ? Les savants de l’Occident nous expliquent l’importance de la verticalité comme suit : l’être humaine est le seul bipède complet. Ce trait caractéristique de notre espèce, proviendrait de la capacité de placer notre bassin en rétroversion et en antéversion. Tandis que les autre bipèdes n’ont accès qu’à l’antéversion du bassin. La verticalité aurait permis l’augmentation de la capacité boîte crânienne et la multiplication des cellules cérébrale à laquelle nous devons l’apparition de l’intelligence et de la conscience humaine. Les lointains inventeurs du taïjiquan, ont expérimenté les rythmes du rapprochement et de l’éloignement de la verticalité. Ceux-ci se conjuguent aux rythmes de la respiration et de la détente pour alimenter le mouvement .
Le Qi
Le Qi, dont les rythmes sont les plus subtils, est d’abord plus ou moins présent. Sa présence se détecte d’abord dans les mains Ensuite, quand on trouve son parcours inlassable dans le corps, celui-ci forme le rythme de base suivit par celui de la respiration qui entraîne celui de la détente lequel enclenche celui de la posture.
Le mouvement
Chacun des rythmes alimente tous les autres et chacun d’eux se nourrit de tous les autres. Le mouvement devient alors un assemblage de rythme et lui-même un rythme.
L’écoute et la sensibilité
Le qigong et le taïjiquan consiste donc à se familiariser avec tous ces rythmes naturels et à favoriser leurs expressions. Nous sommes donc à l’opposé de l’exécution d’un mouvement sur de la musique ou devant un miroir. Tous ces procédés amplifient les rythmes extérieurs et rendent impossible la détection des rythmes intérieurs plus discrets. De même, nous sommes loin de la fabrication d’un mouvement qui se basent seulement sur son apparence extérieure. Conséquemment, le taïjiquan ne peut s’apprendre à l’aide d’illustration ou de vidéo. Il faut un professeur qui guide l’élève vers une certaine sensibilité qui lui permettrons d’orchestrer la respiration la détente, la posture et le Qi dans le mouvement.
La musique
Apprendre des mouvements sans les sensibilités adéquates ressemblerait aux efforts d’un sourd qui apprendrait toute la gestuelle d’un instrument pour tenter de jouer une pièce musicale. Ou encore d’un aveugle qui apprendrait la gestuelle du maniement d’un pinceau pour tenter de réaliser un tableau. Jamais le premier ne pourrait tirer de la musique de son instrument et jamais le second ne pourrait obtenir une véritable peinture. L’artiste musicien, l’artiste peintre ou l’artiste taïjiquan synthétise le cosmos dans son œuvre. Il sert de trait d’union entre l’infini et le fini, l’universel et l’individuel, la nature et l’homme.
« Je ne sais pas ce qu’est la beauté. L’art véritable est dans la nature; qui sait l’en extraire, le possède. »
Albrecht Dürer
Le Cimetière et l’Église Saint-Jean à Nürenberg
Albrecht Dürer (1471 - 1528) a le privilège de nous offrir la première aquarelle qui, dans l’histoire de l’art, est le premier paysage en couleur qui représente exactement un lieu précis. Source.
Dans le taïjiquan le rythme provient de la respiration, de la détente, de la posture et du Qi. Sans eux, le taïjiquan demeure un divertissement, de la gymnastique ou un sport, selon ce qu’on voudra bien lui donner comme objectif. Avec eux, le taïjiquan devient comme une musique dont l’instrument est le musicien lui-même. Le résultat du taïjiquan devient alors l’expression de la nature humaine véritable.
La progression dans le Taïjiquan est souvent confondue avec une certaine aisance à apprendre la forme (l’enchaînement de mouvements). Le Taïjiquan est d’ailleurs lui-même souvent envisagé comme l’apprentissage de la forme. Cette façon simpliste d’envisager le Taïjiquan est juste, mais seulement à la condition de considérer qu’il s’agit de la première des nombreuses étapes de l’apprentissage.
Voir les détails de ces étapes : La mélodie du Taïjiquan
Le taïjiquan est un art
La sensibilité seule permet d’arriver à la musique et au taïjiquan. L’histoire et les théories sur la musique et le taïjiquan bien qu’intéressantes ne sont d’aucune utilité dans le développement des qualités artistiques. La sensibilité seule permet la découverte, l’exploration et l’expression des rythmes propre à chaque domaine artistique.
Plus qu’un divertissement, plus qu’une gymnastique, plus qu’un sport, le taïjiquan est un art, un art qui permet à l’homme de s’exprimer par ce qu’il est.
Le sensibilité et le rythme ! Vous connaissez ?
Je crois que je peux voler
Je crois que je peux toucher le ciel
Je pense à cela chaque nuit et chaque jour
Déployer mes ailes et m’envoler
Au revoir madame James !
Quand la sensibilité et les rythmes de la voix humaine atteignent les plus hauts sommets...
La légendaire chanteuse de blues, soul et jazz Etta James est décédée vendredi le 20 janvier 2012 à l’âge de 73 ans dans un hôpital de Riverside (Californie).
| I Believe I Can Fly
I used to think that I could not go on [Chorus] I believe I can fly [Chorus] Cause I believe in me [Chorus] If I just spread my wings |
Je Crois Que Je Peux Voler
J’avais l’habitude de penser que je ne pouvais pas continuer [Refrain] Je crois que je peux voler [Refrain] Parce que je crois en moi [Refrain] Si je déploie simplement mes ailes |

Etta james
Du rythme, encore du rythme... immense sensibilité... pour le plaisir, pour la fête ... mémorable...
Le nom du groupe vient d’une chanson, de Muddy Waters (le père du blues), Rollin’ stone, choisie par Brian. Le blues a toujours été la source d’inspiration principale des Stones.
| Mannish Boy
Everythin’, everythin’, everythin’s gonna be alright this mornin’ [Chorus 1] : Sittin’ on the outside, just me and my mate [Chorus 2] : I’m a hoochie coochie man [Chorus 2] Well, well, well, well
|
Un Petit Garçon
Tout, tout, tout va bien ce matin [Refrain 1] : Assis dehors, juste moi et mon copain [Refrain 2] : Je ne manque jamais mon objectif [Refrain 2] Bien, bien, bien, bien (1) LES rollin’ stone (2) Un album d’Eric Clapton qui prône sûrement la masculinité
|
Sous des apparence de simplicité et de monotonie, le tissu musical est d’une richesse immense. Écoutez bien ! Le mots et les notes sont des prétextes modulés dans des variations rythmiques heureuses à l’infini.
Une immersion aux sources du blues qui sera lui-même aux sources du rock and roll.
Place aux virtuoses du rythme et de la sensibilité musicale et à toute une époque... La vidéo précédente n’était qu’un extrait.