Réflexion sur le Nouvel An - Les Première Fois


Bonne et heureuse Année 2018 !


Il y a un lien surprenant entre le Nouvel An et le taïjiquan.

Le « Nouvel An » est en fait la « Première Fois de l’année nouvelle ». Nous rencontrons de nombreuses « Premières Fois » au cours de notre existence. Les Premières Fois sont plus nombreuses et plus importantes qu’il ne parait. En passant par la notion d’impermanence, du symbole de la fleur et de la magie du jeu, les Premières Fois sont même au cœur du Taïjiquan.

Continuez la lecture pour les détails.  

Bonne et heureuse Année !
Bonne et heureuse Première Fois !




Tout semble banal, répétitif, futile même...

Pourtant !

Pourtant... nous avançons de surprise en surprise,
nous allons d’imprévisible en nouveauté,

d’une Première Fois à l’autre,
entouré par les fabuleuses merveilles du monde. 

Les Premières Fois

Les Premières Fois sont nombreuses et sont toutes de la plus haute importance. D’ailleurs, qu’y a-t-il de plus important que les Premières Fois. Beaucoup de choses semblent plus importantes, mais qu’y a-t-il de plus important que la Première Fois de toutes ces choses ?

Quand on célèbre une naissance, on célèbre une Première Fois au monde. À chaque anniversaire de naissance, on célèbre cette Première Fois. Et quand on se rassemble pour un service funéraire, ne s’agit-il pas de célébrer une Première Fois une sortie du monde ? Les dernières fois sont aussi à leur manière une sorte de première fois. 

bebejoue.gifLes Premières Fois de bébé sont considérées comme importantes : son premier sourire, ses premières dents, ses premiers mots, ses premiers pas, son premier jour d’école…

Avec les années, les Première Fois continuent de compter : le premier amour, le premier baiser, le premier travail, le premier salaire… puis le premier chagrin d’amour, le premier lendemain de veille, la première fois en train, en avion, le premier décès d’un intime...

Toute notre existence est rythmée par les Premières Fois. Par exemple, qu’est-ce qui rend les voyages si intéressants si ce n’est pour voir des lieux, des gens pour la Premières Fois ? Et puis il y a encore un nouveau livre, un nouveau film, un nouveau restaurant...

Mais où l’importance des Premières Fois nous conduit-elle ?


L’impermanence

Pour nous mettre sur la piste, le Yi King (Livre des changements), probablement le plus vieux livre de la Chine, affirme que dans le monde, tout change, absolument tout, et que la seule chose qui ne changera jamais c’est que tout est toujours en train de changer. Tout est en perpétuelles transformations, tout, absolument tout, est une Première Fois, tel est le règne de l’impermanence. Malgré que l’impermanence peut sembler facile à admettre, il est rare que notre existence se déroule comme si c’était vrai. Nos pensées et nos actions sont toutes dépendant de repères fixes acquises au fil des années : dogmes, lois, valeurs, coutumes, conditionnements, habitudes, etc.

 

  En sanskrit l’impermanence se dit « Anitya ».
  En pali ce sera « anicca ».
  En Chinois, on dit « 无常 ».

   L’impermanchinese_symbols_for_impermanence_7087_2_446.pngence est au cœur du sage
   (
圣人无常心)
    Lao Tseu, chapitre 49

 
  圣人 : sage
    无常 : impermanence
    心 : cœur


À ce propos, Héraclite d’Héphèse, philosophe grec de la fin du VIe siècle av. J.-C., disait : « Je ne me baigne jamais deux fois dans le même fleuve, car ce n’est plus le même fleuve et je ne suis plus le même homme » ? Son observation très juste est souvent comprise dans une dimension psychologique. En voici un exemple : « Cette pensée nous invite à une réflexion sur l’instant présent, toujours aussi difficile à vivre car coincé entre le souvenir des expériences passées et sa projection dans le futur, dans ce qu’il devrait être pour nous apporter satisfaction. » Cette réflexion sur l’aspect psychologique de l’impermanence n’est pas fausse, mais le sens premier de l’affirmation d’Héraclite est d’ordre biologique. Héraclite s’exclame devant les changements incessant qui touchent la moindre partie de tout ce qui existe, ce qui inclut chaque parcelle de chacun de nous.

À chaque instant, tout est totalement différent de tout ce qu’il y avait l’instant précédent. C’est vrai pour la montagne, la forêt, les étoiles, et chacune de nos cellules. Seul notre regard superficiel nous le cache. Nous sommes, en quelque sorte, prisonnier de l’illusion du permanent. Le plus étrange, c’est que de le savoir ne corrige rien.

L’expérience est une lanterne que l’on porte dans le dos : elle n’éclaire que le chemin déjà parcouru. Proverbe chinois

Le monde tel qu’envisagé à partir de notre intellect est comme la réalité réduite à collection de photos et de vidéos. Inconnu


La fleur est un symbole de l’impermanence : épanouie aujourd’hui, fanée demain.

Par exemple, dans la tradition mahayana du chan et du zen, Maha Kassapa aurait été le seul élève du Bouddha à avoir compris l’enseignement sans paroles dispensé par ce dernier.  Un jour, sur le mont des Vautours, le Bouddha prit une fleur Udumbara entre ses doigts (fleurissant tous les trois mille ans, d’après la légende), et la fit tourner sans mot dire. Maha Kassapa à ce moment a été le seul à répondre par un sourire, manifestant ainsi sa compréhension profonde. On considère aujourd’hui que cet événement est le symbole de la transmission de l’enseignement du Bouddha. 

On notera aussi la présence de fleurs lors des funérailles et dans les cimetières chrétiens, la mort étant intimement liée à la notion d’impermanence.

De manière habituelle, l’impermanence est considérée négativement, envisagée comme un signe d’imperfection. Or, ce que nous comprenons aujourd’hui est l’inverse de ces croyances. Héraclite d’Éphèse  avait raison, l’impermanence s’avère être nécessaire pour que quelque chose soit ; l’inverse de l’impermanence n’est  pas la perfection ou dieu, mais le néant. Au cœur de la matière, de l’évolution cosmique, de la vie ou des sociétés humaines, l’impermanence est un des mécanismes majeurs du réel. Dans un univers en constants devenir et transformations, la reconnaissance de la positivité de l’impermanence est une source de sagesse et de liberté. La véritable sagesse est dans l’acceptation positive de l’impermanence des choses et non dans la recherche illusoire d’une quelconque permanence, même spirituelle.

ÉLOGE DE L’IMPERMANENCE
La fin du mythe de la permanence
CONFÉRENCE PAR ÉRIC LOWEN


Alors, que conclure ? Selon les sagesses anciennes et la science moderne, tout dans le cosmos, des atomes aux galaxies, en passant pas les humains, absolument tout, n’existe qu’en mode « Première Fois ». Psychologiquement oui, mais surtout et d’abord biologiquement. L’oublier, ne pas s’en soucier, croire le contraire, agir comme si ce n’était pas le cas, voilà la grande illusion.

Tout d’abord, l’impermanence n’est pas quelque chose à acquérir, elle est déjà là. L’impermanence est notre état Naturel. Donc, il n’y a rien à acquérir et rien à libérer. L’illusion du permanent est incrusté dans notre mental. On nous l’a répété maintes et maintes fois. Sans s’en apercevoir, on continue de le répéter dans nos pensées et nos actions. 

Y a-t-il quelque chose à faire ? Qu’en est-il du taïjiquan ?

Le taïjiquan

Dans le taïjiquan, rien ne passe par la connaissance discursive, cela ne sert à rien de cogiter sur l’impermanence. Les enseignements théoriques sur l’impermanence ne servent à rien. Laissons parler le corps, donnons-lui une liberté d’action. Laissons parler tout ce qui existe autour de nous, restons à l’écoute de la Nature.

Bien que la science nous apprend par exemple qu’à chaque instant des millions de cellules de notre corps, meurent et naissent à un point tel qu’au bout d’une dizaine d’année, tout de ce qui nous composait a été remplacé. Les preuves scientifiques de l’impermanence n’ont pas d’importance dans le taïjiquan.

Grâce au corps, grâce à la Nature qui nous entoure, laissons apparaître des Premières Fois de plus en plus nombreuses, jusqu’au points où, quelquefois, tout devient Première Fois, surprise et émerveillement. N’opposons pas de résistance au retour à notre état Naturel. 

Plus concrètement, il convient d’ignorer le mythe persistant de cette conception du taïjiquan qui consiste à apprendre des mouvements puis à les répéter.

Avec la Méthode des Treize...

Quand on débute le taïjiquan, ce sont les Premières Fois avec les jeux de la Forme, des Postures, des Manœuvres et des Phases.

Ensuite, viennent les Premières Fois en très grands nombres issus des jeux du Mouvement centré, de l’Alignement, de la Respiration, de la Détente et du Qi.

Enfin, arrivent les Premières Fois illimitées qui nous atteignent en provenance des jeux du shi, du yi, du zhi et du xin.

De cette façon, si on ne se laisse pas emprisonner par les répétitions endormantes. Voici comment le taïjiquan permet de fréquenter le terrain fertile où fleurit l’impermanence. Cf. le jeu du taïjiquan.

Tout ceci, fait du taïjiquan ancestral enseigné à notre école, une merveilleuse célébration de notre état Naturel.   

     

Le Vent Nous Portera

Deux vidéos avec la musique et les paroles envoutantes de Noir Désir.

https://www.youtube.com/watch?v=NrgcRvBJYBE

https://www.youtube.com/watch?v=nFrdLeuvxgI


C’est toujours la première fois

Une vidéo avec l’immense talent de Jean Ferrat.

https://youtu.be/rDYF01lBREc


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PRÉCISIONS

Il y a cette confusion malheureuse avec le fait que tout change et qu’il faudrait changer nous-même c.-à-d. se corriger, s’améliorer, se développer, grandir, etc. Ces propos, très à la mode à l’époque du Nouvel Âge, sont encore mis de l’avant dans ce qui s’appelle le développement personnel.

Ces projets de changements propre au développement personnel visent la personne, ils ne concernent pas l’apprentissage du taïjiquan tel qu’enseigné à notre école. Ici, il n’y a rien à changer, il n’y a que la transmission et la réception d’un savoir-faire, que des jeux, que l’apprentissage du jeu et que la mise en pratique du jeu. 


                     Il n’y a rien à changer                     

 L’effort, c’est ce qui nous distrait de ce qui est.  C’est lorsqu’on admet ce qui est que cessent les efforts. Il n’y a pas d’acceptation de ce qui est s’il y a désir de le transformer ou de le modifier. Et les efforts – qui sont signes de destruction – persisteront tant qu’existera le désir de changer ce qui est.  N’est-il pas possible de vivre en ce monde, sans ambition, en étant simplement ce que vous êtes ? Si vous commencez à comprendre ce que vous êtes sans essayer d’y rien changer, alors ce que vous êtes fera l’objet d’une transformation.   J. Krishnamurti