Hommage aux pionniers du taïjiquan


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Yang Chen-Fu

Les premiers cours publics de taïjiquan de tous les temps ont été donnés par Yang Chen-Fu, Choy Hok Peng, Wang Yen-nien, Sophia Delza et Pytt Geddes.

Ce n’est que depuis peu que le taïjiquan a reçu son acceptation populaire... Voir : Origine et floraison du taïjiquan.

Les premiers cours publics de taïjiquan de tous les temps ont été donnés il n’y a pas si longtemps de cela. Avant 1925, très peu de personnes avaient accès au taïjiquan.
  • Avant 1840, le taïjiquan a été développé par quelques personnes seulement, nommément au sein des familles Chen et Yang.

  • De 1840 à 1911, par décret de l’empereur de Chine, le taïjiquan a été réservé à l’élite dominante, officiers et princes de l’empire du Milieu.

  • De 1911 à 1925, le taïjiquan n’était enseigné qu’en cours privé et au sein de cercles fermés, principalement au sein de certaines familles, telles Chen, Yang, Wu et Li.

  • À partir de 1925, le taïjiquan a commencé à être enseigné, en Chine et un peu partout dans le monde, au sein des communautés chinoises et vietnamiennes. Finalement, grâce à certains pionniers, il a été offert au grand publc.
Les premiers cours de taïjiquan en public ont été donnés par des Chinois et les deux premiers cours offerts par des personne d’origine autre que chinoise l’ont été par des femmes. Rendons hommage à ces pionniers et ces pionnières du taïjiquan :
  • En 1925, Yang Chen-Fu (1883 - 1936), petit-fils de Yang Lu-Chan, donne le premier cours public de taïjiquan au monde, à Shanghai, en Chine. La majorité des école de taïjiquan d’aujourd’hui proviennent de l’enseignement de Yang Chen-Fu.

  • En 1941, Choy Hok Peng (Cai Hoping, 1885-1958), élève de Yang Chen-Fu, ouvre une école de taïjiquan à San Francisco, la première aux États-Unis et probablement la première école de taïjiquan à l’extérieur de la Chine.

  • En 1950, Wang Yen-nien (1914-2008), élève de Zhang Qin-Lin (élève de Yang Jian-Hou, lui-même fils de Yang Lu-Chan et père de Yang Chen-Fu), enseigne pour la première fois en public l’Ancienne École secrète de la famille Yang (Yangjia Michuan taïjiquan) à Taiwan. Pendant 20 ans, de 1981 à 2001, il enseigne épisodiquement en Europe et aux États-Unis. L’école de taïjiquan Gilles Thibault est issue de l’enseignement de Wang Yen-nien .

  • En 1957, Sophia Delza (1903-1996), élève de Ma Yueh-liang (élève de Wu Jian-Quan), ouvre une école à New York et devient la première Occidentale à enseigner le taïjiquan en Amérique du Nord et dans le monde.

  • En 1965, Pytt Geddes, (née Gerda Meyer Bruun, 1917–2006), élève de Choy Hok Peng (élève de Yang Chen-Fu) et de son fils Choy Kam-Man, ouvre une école de taïjiquan en Grande-Bretagne, la première en Europe. Un acupuncteur, Felix Mann, fut son premier élève. Elle enseigna jusqu’en 2002.

Voici plus d’indormation sur chacun d’eux :
  1. Yang Chen-Fu
  2. Choy Hok Peng
  3. Wang Yen-nien
  4. Sophia Delza
  5. Pytt Geddes



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1. Yang Chen-Fu
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Yang Chen-Fu est le fils de Yang Jian-Hou, lui-même fils de Yang Lu-Chan, le premier personnage historique du taïjiquan.

Yang Chen-Fu vient au monde en 1883 au palais impérial, lieu de résidence de sa famille depuis 1840. La famille Yang enseigne le taïjiquan uniquement à ceux que l’empereur désigne. Avec la chute de l’empereur en 1911, et la période de grands troubles qui suivirent, la famille Yang se réfugie à Shanghai, alors concession européenne. Yang Chen-Fu donne le premier cours public de taïjiquan à Shanghai, en 1925.

Considéré comme chef de file de la famille Yang, Yang Chen-Fu enseignera ensuite dans plusieurs villes de Chine jusqu’à sa mort en 1936. Ses élèves furent nombreux, certains d’entre eux deviendront célèbres et diffuseront le taìjiquan en Chine et à travers le monde. En Europe, il y aura entre autres ses fils Yang Zhen Ming, Yang Zhen Guo et Yang Zhen Duo ainsi que Don Yingile. En Amérique, il y aura surtout Chang Men Ching. En Chine, il y aura les célèbres Fu Zhong Wen et Chen Waiming ainsi qu’une multitude d’autres. La très grande majorité des enseignements de taïjiquan provient de Yang Chen-Fu directement ou indirectement.


Yang Chen-Fu dans la posture du Simple fouet en 1915.
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Yang Chen-Fu dans des postures variées
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Photo historique à l’époque des toutes premières classes publiques de taïjiquan, vers 1930.

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Yang Chen-Fu (Yang Ch’eng-fu, le personnage corpulent au milieu de la troisième rangée)

La photo provient du livre de Wile Douglas, Taïjiquan Touchstones, Yang Secret Transmission, Sweet Ch’i Press, 1983.


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2. Choy Hok Pen
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Choy Hok-Peng est l’un des élèves de Yang Chen-Fu, petit fils de Yang Lu-Chan. Né en 1885, il arrive aux États-Unis en 1939 pour enseigner aux familles des travailleurs du China Trading Company de San Francisco. Son école de taïjiquan à San Francisco est la première aux États-Unis et probablement la première école de taïjiquan à l’extérieur de la Chine. Il décède en 1958.

Son fils Choy Kam-Man émigre de Hong Kong à San Francisco en 1949. Robyn Silverstein a été la première personne d’origine autre que chinoise à recevoir l’enseignement de Choy Kam-Man. Ce dernier enseigna à Berkeley et San Francisco. Dans le China Town de San Francisco, il enseigna au YMCA chinois durant huit ans. Il enseigna aussi au campus Davis de l’Université de Californie et au YMCA de Sacramento.

Choy Kam Man, le fils de Choy Hok Pen, dans la posture du Simple fouet.
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À San Francisco dans les années 1970, une démonstration de taïjiquan dirigée par Choy Kam Man, le fils de Choy Hok Pen.





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3. Wang Yen-nien
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Wang Yen-nien est né en 1914 à Taiyuan, dans le Shanxi. Très jeune, il apprend le bagwazhang, le shaolinquan, le xingyiquan, le changquan et le tantui. Plus tard, à 18 ans, il apprend le taïjiquan sous la direction de Wang Xingwu, lui-même élève de Yang Ban-Hou, le deuxième fils de Yang Lu-Chan.

En 1939 il apprend le qigong interne (neigong ou alchimie taoïste) avec Zhang Maolin de l’école Jin Dan (la Pilule d’élixir d’Or) qui provient de l’école Porte du Dragon. À cette époque, il était officier et instructeur militaire dans l’armée chinoise. En 1945, il étudia le taïjiquan avec Zhang Qin-Lin, jusqu’en avril 1949, jour où les nationalistes perdirent la fameuse bataille de Taiyuan. Avant de recevoir cet enseignement, il accepta de s’y consacrer exclusivement, tel que le lui demanda Zhang Qin-Lin, délaissant les nombreuses techniques dans lesquelles il était déjà expert. Zhang Qin-Lin était le dépositaire d’un enseignement privé de la famille Yang qu’il détenait de Yang Jian-Hou, lui-même fils de Yang Lu-Chan.

Selon ce qu’il en dit lui-même, « durant plusieurs années, comme il m’avait été difficile d’obtenir que ces techniques me fussent enseignées, je me mis à travailler durement jour et nuit, été comme hiver, sans compter mes peines et mes douleurs ».

Après la défaite nationaliste de Taiyuan, il se réfugia avec les nationalistes à Taiwan où se tint le gouvernement de la République de Chine. Depuis 1950, il vit à Taipei (Taiwan) où il aura été le premier à enseigner publiquement dans son école le taïjiquan de l’Ancienne École secrète de la famille Yang (Yang Laojiao Michuan). Il aura été également l’un des premiers Chinois à avoir transmis le taïjiquan à des « étrangers » à la Terre du Milieu. Il décède le 4 mai 2008.

Les élèves de Wang Yen-nien furent nombreux et il a formé de nombreux professeurs qui enseignent maintenant partout dans le monde. L’auteur de ce blog a eu le privilège de travailler avec Wang Yen-nien lors des déplacements de celui-ci à New York et à San Francisco.

Plus d’information sur Wang Yen-nien :
Le décès d’un homme remarquable



Wang Yen-nien dans la posture « Frapper les cibles du pied ».
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Pendant 55 ans, tous les jours, Wang Yen-nien a enseigné quotidiennement le taïjiquan sur le site qui est à présent la propriété du Grand Hôtel à l’emplacement du mémorial dédié aux 500 martyrs de Shanxi à Taïpei.
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Une conférence de Wang Yen-nien à New York, le 21 Juin 1996, l’auteur de ce blog assistait à cette conférence qui précédait un grand stage de plusieurs jours donné par Wang Yen-nien. Robert Politzer qui est le principal organisateur de ce grand stage y présente Wang Yen-nien. La traduction est assurée par Julia Fairchild, la première assistante de Wang Yen-nien.






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4. Sophia Delza
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L’Américaine Sophia Delza a été une célébrité en danse contemporaine vers 1945. Sa carrière a pris une nouvelle tournure à partir de 1948, à l’époque où elle accompagne son époux, Cook Glassgold, dans son assignation diplomatique à Shanghai de 1948 à 1951.

Elle devient la première Américaine à enseigner les techniques de la danse moderne dans les théâtres et les écoles de danse chinoise. Elle a aussi donné plusieurs spectacles et conférences lors de son séjour de quatre ans en Chine.

Sophia Delza a été initiée au taïjiquan de style Wu par Ma Yueh-liang, élève de Wu Jian-Quan, ce dernier lui-même élève de Yang Ban-Hou, fils de Yang Lu-Chan. Les difficultés rencontrées pour obtenir cet enseignement étaient de taille. À cette époque, le taïjiquan était réservé aux Chinois et aux hommes seulement. Sa grande détermination et les nombreux liens qu’elle a tissés avec la communauté chinoise lors de ses activités artistiques lui ont permis de se faire accepter comme élève.

À son retour aux États-Unis, elle fait une première démonstration de taïjiquan au Musée d’art moderne en 1954 et devient la première Occidentale à enseigner le taïjiquan en Amérique du Nord et dans le monde.

Elle enseigne le taïjiquan à son propre studio au Carnegie Hall. Elle enseigne, aussi aux Nations Unies, à l’Actor’s Studio, dans plusieurs universités de la grande région de New York et dans d,autres institutions et universités un peu partout dans le pays. Elle écrit de nombreux articles et trois livres sur le taïjiquan durant trente ans. Son dernier livre, The T’ai Chi Ch’uan Experience, a été publié peu de temps après son décès en 1996.


Plus d’information sur Sophia Delza :
Dance Heritage Coalition (en anglais)

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À New-York dans les années 1970, Sophia Delza chez elle et à Carnegie Hall, enseignant le taïjiquan. Le film a été tourné en 8mm par l’époux de Eli Vangsted, une élève de Sophia Delza.





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5. Pytt Geddes
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Gerda Geddes est la première Occidentale à enseigner le taïjiquan en Europe. Elle fait son apprentissage à Shanghai et à Hong Kong en Chine auprès de Choy Hok Peng (élève de Yang Chen-Fu) et de son fils Choy Kam-Man. Elle enseigne la taïjiquan durant près de 60 ans, jusqu’à sa mort en 2006 à l’âge de 89 ans.

Dans une entrevue accordée à Ronnie Robinson, Gerda Geddes raconte son aventure avec le taïjiquan.

Après son mariage en 1948, elle déménage à Shanghai avec son époux pour le travail de ce dernier. Son grand intérêt pour la danse contemporaine l’amène à travailler à l’Opéra de Beijing. Elle s’intéresse au taïjiquan et se trouve confrontée aux difficultés de trouver un professeur. Vers 1959 à Hong-Kong, elle sera présentée à Choy Hok-Peng par une connaissance commune. Élève de Yang Chen-Fu, Choy Hok-Peng puis son fils Choy Kam Man lui enseignent le taïjiquan.

Son apprentissage s’effectue en cours privés. Elle constate alors que son apprentissage de la danse est à l’opposé de celui du taïjiquan. Elle doit perdre certaines mauvaises habitudes contraires à son nouvel apprentissage. C’était comme « ré-apprendre à marcher », dira-t-elle.

À son retour en Grande-Bretagne, Gerda Geddes donne la première démonstration publique de taïjiquan à la télévision en 1959. En 1965 elle devient la première Occidentale à enseigner le taïjiquan en Europe.

Ses premiers élèves sont des danseurs de Londres, des moines du Sussex, des étudiants de Cambridge et un mélange varié d’artistes, d’écrivains, de docteurs, de hippies amateurs de drogues et d’une foule de curieux de tout acabit. Elle enseigne durant près de trente ans à « The place », la maison du London Contemporary Dance School. Enseignant aux étudiants de cette académie de danse prestigieuse, son influence sera grande dans le développement de la danse contemporaine.

En 1991, elle écrit Looking for the Golden Needle.


Pytt (Gerda) Geddes qui s’exerce à Hong Kong en 1957.
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Plus d’information sur Pytt Geddes :
Gerda Pytt Geddes, Dancer in the Light (en englais)
Une entrevue avec Pytt (Gerda) Geddes dans PhysicalArts.com (en anglais)
The Telegraph (en anglais)

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