Pourquoi des mouvements de combat dans le Taïjiquan (Tai chi) ?


Dans le Taïjiquan, nous effectuons des enchaînements de mouvements de combat au ralenti. Pourtant, dans le Taïjiquan ancestral tel que pratiqué dans notre école, il n’y a pas d’adversaire. Il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais, ni dans la réalité, ni dans l’imagination.

Il n’y a ni guerrier intérieur ni adversaire imaginaire. Pourquoi une partie de soi-même entrerait-elle en conflit avec une autre partie de soi-même ?

UNE VISION ROMANTIQUE DU TAÏJIQUAN
Cette vision romantique d’un adversaire imaginaire dans le Taïjiquan est assez répandue est non seulement farfelue mais nocive. Il serait insensé d’alimenter ainsi un conflit avec soi-même.

Littéralement « boxe de l’ombre », le Taïjiquan consiste à lutter contre un adversaire imaginaire symbolisant les maladies et le stress, afin de retrouver la paix, l’équilibre, et le bien-être intérieurs.
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Une question demeure. Pourquoi alors des mouvements de combat ?

Au lieu d’inventer des nouveaux mouvements ou d’utiliser des mouvements de danse ou autres, les créateurs lointains du Taïjiquan ont préféré s’inspirer des mouvements de combat du Gongfu-wushu pour deux excellentes raisons :

  1. L’immense justesse de ces mouvements
  2. Les incomparables propriétés énergétiques de ces mouvements.


1) LA JUSTESSE DES MOUVEMENTS

-> UN MOUVEMENT JUSTE EST UN MOUVEMENT NATUREL
Le Gongfu-wushu chinois a été inventé plusieurs centaines d’année avant le Taïjiquan. Le Gongfu-wushu est l’ancêtre et l’inspiration du Võ-Lâm au Vietnam, du Sengueï Ngaro au Tibet, du Thaing en Birmanie, du Saolim en Malaisie, du Hapkido et du Taekwondo en Corée, du Kenpo, du Karaté, du Kendo, de l’Aïkido au Japon, etc. et du Taïjiquan.

Pour plus de détails sur le Gongfu-Wushu, mal traduit par art martial.

Les siècles de développement du Gongfu-wushu ont permis le raffinement et l’élaboration de ces mouvements. Dans un combat, la vie ou la mort dépendent de la justesse des mouvements. Un mouvement juste est un mouvement naturel et c’est ce mouvement naturel qui a été recherché et qui a intéressé les créateurs du Taïjiquan. Il est à noter que ces créateurs étaient déjà experts en Gongfu-wushu.

-> UN MOUVEMENT NATUREL EST IMPRÉVISIBLE
La recherche du mouvement naturel est à la fois très simple et très compliquée : simple parce que le mouvement naturel est celui qui se fait seul et qui est imprévisible et compliqué parce l’apprentissage consiste à éliminer ce qui empêche le mouvement de se faire seul et ce qui l’empêche d’être imprévisible. Il s’agit d’« en faire moins » et de plus « laisser faire ».

-> UN MOUVEMENT NATUREL SE FAIT SEUL
Moins un mouvement est calculé, plus il est naturel. Moins le mouvement est fabriqué, plus il est naturel. Plus le mouvement se fait seul, plus le mouvement est imprévisible et plus le mouvement est naturel.

-> LE FONCTIONNEMENT ET LES LIMITES DU MOUVEMENT
Est-ce à dire qu’il suffit de ne rien faire ? S’agit-il de faire n’importe quoi ? Non ! Il suffit de trouver le fonctionnement et les limites du mouvement afin que le naturel puisse se manifester. Les limites sont nombreuses : une détente absente, une respiration déficiente, une force musculaire insuffisante, une souplesse médiocre, une attention dispersée et une sensibilité défaillante.

Sur ce point, beaucoup de personnes, mêmes expertes, se perdent en conjecture. Comment concilier l’apprentissage d’une séquence de mouvements précis, avec la recherche du mouvement naturel qui se fait seul ? Justement, le Taïjiquan ne consiste pas à apprendre une séquence de mouvements, mais à utiliser le prétexte de l’apprentissage d’une séquence de mouvements pour trouver leur fonctionnement et les limites que nous venons de décrire. Apprendre ou non la forme n’a pas d’importance, il s’agit de s’amuser à apprendre. D’ailleurs, certaines personnes ne pourront jamais apprendre la forme. Dans les jeux du Taïjiquan, nous rencontrons des limites, qui une fois identifiées peuvent changer ou non. Nous ne reculons pas les limites, nous ne les dépassons pas... bien quel celles-ci puissent changer.

Les mouvements du Taïjiquan ne sont les mêmes qu’en apparence seulement, et seulement pour les regards pressés. À chaque reprise du même mouvement, sauf pour les grandes lignes, le mouvement est à chaque fois complètement renouvelé.

Regardez couler la rivière. Le lendemain ou la semaine suivante, vous vous dites que c’est la même rivière. De seconde en seconde, la rivière est différente. Il n’y a rien d’ésotérique là-dedans. Regardez le bouillonnement, les remous, les courants et les contre-courants. Chaque goutte d’eau que vous observez se sera éloignée dans un moment et vous ne la reverrez plus jamais de toute votre existence.

-> SIMPLEMENT REMETTRE LE POISSON À L’EAU.
On dit que si un poisson sort de l’eau, qu’il ne faut pas lui expliquer le comment ni le pourquoi de sa situation. Il est aussi inutile de l’aider à perfectionner sa façon de nager ou de lui apprendre à s’adapter au milieu terrestre. Il suffit de le remettre à l’eau.

Ne serait-il pas absurde de lui faire combattre un adversaire imaginaire ?

De même, dans le Taïjiquan, nous ne tentons pas d’expliquer la vie, la mort et l’existence. Nous n’essayons pas de nous dépasser. Nous ne combattons personne, nous ne nous mesurons à personne. Nous jouons simplement et uniquement à créer des occasions qui favorisent la détente, la respiration, la force musculaire, la souplesse, l’attention, la sensibilité et par conséquent, le retour à notre état naturel.


2) LA PROPRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE DES MOUVEMENTS

-> TOUT NOUS EST DONNÉ
Un des grands mystères de l’existence est que tout nous est donné, mais qu’il y a certains efforts à faire. L’air existe mais il faut respirer. La nourriture existe, mais il faut la chercher. La digestion se fait seule, mais il faut porter la nourriture à sa bouche et l’avaler. Le sommeil échappe à notre contrôle, mais il faut se coucher pour dormir. De même, quand la détente, la respiration, la force musculaire, la souplesse, l’attention, la sensibilité en ont l’occasion, elles se manifestent correctement. Il en va de même pour le Qi (énergie vitale).

-> LE QI EST LA COMPOSANTE DE BASE DE LA VIE
Les créateurs de l’Alchimie interne taoïste, la plus ancienne composante du Taïjiquan, ont constaté que le Qi est la composante de base de la vie. Le Qi est la vie, l’absence de Qi, la mort, l’abondance du Qi est la santé et le manque de Qi, la maladie, l’harmonie du Qi est le naturel et son déséquilibre, l’absence de naturel. Toute la médecine traditionnelle chinoise, qui utilise souvent le Taïjiquan, repose sur ces observations. Le Taïjiquan ancestral repose donc tout entier sur l’observation du Qi et notre intégration du Qi.

Plus d’information sur la médecine chinoise qui comporte cinq disciplines principales : Acupuncture, Diététique, massage Tuina, Pharmacopée et exercices énergétiques du Taijiquan et du Qigong.

-> LE QI AFFLUE SELON NOS BESOINS
Les créateurs anciens du Taïjiquan ont constaté que chez chacun de nous, le Qi se manifestait au besoin, selon les différentes situations de l’existence. Durant une activité paisible, le Qi afflue lentement. Accélérez le pas ou grimpez une colline, le Qi affluera plus abondamment. Engagez-vous dans un combat, le Qi déferlera généreusement. Les créateurs du Taïjiquan se sont inspirés des mouvements de combat du Gongfu-wushu à cause de leurs extraordinaires propriétés énergétiques.

-> LE QI DU COMBAT ARRIVE MÊME SANS COMBAT
Ils ont aussi constaté que le Qi répondait fidèlement aux besoins du corps sans se préoccuper des abstractions, des pensées ni des intentions. Pour le corps, tout est vrai. Si vous faites des mouvements de combat, pour le corps, il y a combat. Même s’il n’y a aucun adversaire, même s’il n’y a aucune intention de combat, si vous faites des mouvements de combat, le corps déduira encore qu’il y a combat et le Qi affluera au maximum.

Si vous êtes assis devant la télévision à regarder un western, vous savez bien qu’il s’agit d’une fiction à la télé et qu’il n’y a aucun danger pour vous. Vous savez bien que les balles et les flèches ne peuvent vous atteindre. Vous savez qu’il s’agit de comédiens qui jouent une fiction et que personne ne sera blessé ni tué. Cependant, votre corps, lui, l’ignore car il comprend tout au premier degré. Ses tensions augmentent, comme si tout était vrai.

-> LE QI DU COMBAT POUR LA SANTÉ ET L’OBSERVATION
Il suffit alors de faire des mouvements de combat, mais sans combat. Il est même important qu’il n’y ait pas de combat pour économiser le Qi. Alors, le Qi afflue pour les besoins du combat, mais n’ayant pas d’exutoire dans le combat, il s’accumule, aide la santé et se laisse observer plus facilement. Si, en plus, les mouvements sont lents, si la posture est juste, si la détente est à son maximum et si la respiration est profonde, il y a une dépense minime de Qi qui s’accumule pour améliorer la santé et pour l’observation.

Dans le Taïjiquan, les mouvements de combat du Gongfu-wushu ont été conservés le plus fidèlement possible, mais ils ont été adaptés pour être exécutés au ralenti, avec la détente et la respiration profonde et ce, dans une posture qui ne nécessite qu’un minimum d’effort.

-> DU QI EN ABONDANCE INÉGALÉE
Pour les raisons qui précèdent, à temps égal, l’exécution des mouvements du Taïjiquan permet un apport de Qi très supérieur à l’apport de Qi de tous les autres mouvements ou de toutes les autres activités auxquelles un humain pourrait se livrer.

Avec le Taïjiquan le Qi afflue en abondance inégalée. En qualité énergétique, une heure de Taïjiquan équivaut à plusieurs heures de vélo, de natation, de soccer, de gymnase... et même de Qigong.

-> LES FACETTES MULTIPLES DU TAÏJIQUAN
Les mouvements de combat dans le Taïjiquan servent souvent d’argument à ceux qui soutiennent que le Taïjiquan est un art de la guerre, un « art martial », une technique de compétition et un sport. Le Taïjiquan qu’ils proposent est certainement tout cela, pour eux.

Il y aussi ceux qui prétendent qu’il n’y a qu’un seul Taïjiquan, le leur. Pour nous, le terme « Taïjiquan » désigne plusieurs pratiques qui ont toutes en commun l’apprentissage de mouvements de combat exécutés lentement. Ces pratiques sont toutes intéressantes même si elles sont souvent bien différentes.

Bien qu’il existe une grande diversité d’écoles de Taïjiquan, celles-ci font toutes partie d’un remarquable héritage culturel commun. Chacune des écoles est une cristallisation de la sagesse des anciens Chinois et, à ce titre, elles méritent toutes d’être apprises et transmises.
Wang Yen-Nien

Le Taïjiquan ancestral classique, aussi appelé « le Taïjiquan du naturel » qui est pratiqué dans notre école n’est ni guerrier, ni martial, ni compétitif, ni sportif.

Notre Taïjiquan est une extension et un dérivé du Gongfu-Wushu, du Qigong et de l’Alchimie interne taoïste ainsi que du Yoga, du Dyâna et du Tantra. Les jeux du Taïjiquan invitent à un retour à notre état naturel. L’utilisation de mouvements qui ressemblent à un combat s’inscrit profondément dans notre parti pris pour la santé et pour l’exploration du Qi.