La merveilleuse musique du naturel -les rythmes


Il y a le ballet du soleil, de la terre et de la lune qui nous donne l’alternance des saisons, des mois, du jour et de la nuit. Il y a les marées, la pluie, la neige, les nuages qui vont et qui viennent.

Les rythmes dans le monde
Dans le premier chapitre du Yi-King, un des plus vieux livre de la Chine, il est dit que ce qu’il y a de plus remarquable dans l’univers c’est le rythme. Le rythme s’exprime en cycles toujours composés d’un début, d’une croissance, d’une décroissance et d’une fin. Toute la vie n’est que rythme. Toute notre existence n’est que rythme. Les plantes et les animaux apparaissent, grandissent, déclinent et disparaissent. Il en est de même pour les montagnes, les rivières, les océans, les planètes et les étoiles. Il y a les semences, les pousses, le mûrissement et les récoltes. Il y a les cycles des atomes et des protons, neutrons et électrons. De l’infiniment grand à l’infiniment petit, tout ce qui existe se module en cycles. Le rythme est le cœur du monde qui bat et qui vit.

Le rythme chez l’être humain
Nous naissons, nous grandissons, nous vieillissons et nous mourrons. Nous ingérons des aliments, nous digérons, nous assimilons et nous rejetons. Nous admettons de l’air, nous l’acheminons dans nos poumons, nous purifions le sang et nous expulsons l’air. Il y a le sang qui est pompé par les battements du cœur. Le sang circule dans tout le corps pour revenir à son point de départ. Il y a le cycle de la division cellulaire, le cycle menstruel de la femme, les autres cycles hormonaux, etc. Toute notre existence, comme tout ce qui existe, se module en cycles.

Il n’y a pas de vie quotidienne, personnelle, professionnelle sans « routines », sans rythme. Il n’y a pas de musique, de poésie, de danse, d’art visuel, etc. sans rythme. Il n’y a aucune expression artistique sans rythme. Il n’y a pas de technologie, pas d’Internet, pas de télévision, pas de téléphone sans impulsion, sans ondes, sans rythme. Que ce soit dans les domaines énergétique, électrique, analogique, ondulatoire, numérique, tout n’est que cycles et rythme.

Le rythme dans le Taïjiquan
Contrairement aux sciences qui s’appliquent à découper et à analyser tout ce qui existe pour essayer de comprendre le monde, les arts du Dao, dont fait partie le Taïjiquan, visent l’observation du vivant et son imitation. Dans cette optique, comme le vivant est trop vaste pour être saisi par des mots et par des concepts humains, il ne peut s’exprimer que comme un art, une célébration, une communion.

Les inventeurs du Taïjiquan ont identifié cinq éléments représentatifs de tous les autres : le mouvement, l’alignement (la posture), la respiration, la détente et le Qi. Ce sont les cinq constituants organiques du taïjiquan. Quand les cycles naturels de ces cinq éléments s’accordent, ils s’harmonisent aussi avec tous les autres cycles du monde. Apprendre le Taïjiquan consiste à jouer à découvrir ces cycles et à tenter de à faciliter leur harmonisation. Le véritable rythme naturel ne peut être construit, fabriqué. Il arrive par surprise, c’est à cela que l’on le reconnaît. Quand le rythme naturel s’exprime, nous retrouvons ainsi notre véritable place dans le monde.

Expérimenter le rythme dans le Taïjiquan
En détail, voici les types de rythme que nous expérimentons dans le Taïjiquan :

  • Chaque mouvement débute, se construit, se consolide et se termine.
  • Simultanément au mouvement, la respiration traverse une apnée (à vide), une inspiration, une apnée (à plein) et une expiration.
  • Simultanément au mouvement, la détente est bonne, moins bonne, à son maximum puis, très bonne.
  • Simultanément au mouvement, l’alignement (la posture) du corps est faible, plus faible à son maximum puis, excellent.
  • Simultanément au mouvement, le Qi débute son périple dans le corps au Dantian, entreprend son parcour, arrive à son apogé eet revient à son point de départ.

Apprendre le rythme dans le Taïjiquan
En pratique, voici comment se déroule l’apprentissage du rythme dans le Taïjiquan :

  • Chaque mouvement du Taïjiquan est appris en continuité avec un autre. La fin d’un mouvement et le début du suivant.
  • La détente, la respiration et l’alignement (la posture) sont préparés seuls, au sol, avant d’être appliqués dans le mouvement debout. Au début, les préparations et les applications sont simples puis deviennent de plus en plus sophistiquées.
  • Chaque mouvement s’articule dans une posture qui tend vers un alignement vertical, ce qui lui donne une certaine justesse.
  • Chaque mouvement est appris avec la respiration. Chaque respiration égale un mouvement et chaque mouvement égale une respiration. La respiration douce et profonde donne la vitesse lente des mouvements.
  • Chaque mouvement est ensuite modulé avec les quatre phases de la respiration (apnée à vide, inspiration, apnée à plein et expiration). La respiration ajuste le mouvement en lui donnant son ouverture et sa fermeture et ses infimes temps d’arrêt.
  • Chaque mouvement est ensuite modulé avec la détente. La détente donne au mouvement sa flexibilité et sa rondeur.
  • La circulation du Qi est apprise séparément des mouvements mais avec la respiration.
  • Quand le mouvement et la circulation du Qi deviennent tous les deux familiers, ils sont ensuite intégrés ensembles grâce à la respiration qui est leur commun dénominateur.
  • Le Qi prend graduellement le contrôle du mouvement qui devient ainsi de plus en plus vivant.
  • La respiration et la détente se subordonnent et s’unissent au Qi qui impose de plus en plus son rythme naturel au mouvement.
  • De plus en plus, le Taïjiquan provient du Qi, de la respiration et de la détente. C’est ainsi qu’il vient un moment où on ne fait plus le Taïjiquan, il se fait tout seul.

Ajuster le rythmes dans le Taïjiquan
Chaque élément du Taïjiquan influence les quatre autres, mais dans une hiérarchie bien précise. Il s’agit d’encourager sans les contrarier tous ces liens naturels :

  • La respiration est subordonnée au Qi.
  • La détente est subordonnée à la respiration et au Qi.
  • La posture est subordonnée à la détente, à la respiration et au Qi.
  • Le mouvement est subordonné à la posture, à la détente, à la respiration et au Qi.


Cela signifie que :

  • Le mouvement provient en premier du Qi, en second de la respiration, en troisième de la détente, puis en quatrième de la posture.
  • La posture provient en premier du Qi, en second de la respiration, en troisième de la détente, puis en quatrième du mouvement.
  • La respiration provient en premier Qi, en second de la détente, en troisième de la posture, puis en quatrième du mouvement.
  • La détente provient en premier du Qi, en second de la respiration, en troisième de la posture, puis en quatrième du mouvement.
  • Le Qi provient en premier du mouvement, en second de la respiration et de la détente, puis en troisième de la posture.


La merveilleuse musique du naturel
Avec les jeux du Taïjiquan, il arrive que le rythmes de l’alignement (la posture) et ceux de la détente, de la respiration, du Qi et du mouvement s’harmonisent. Le Taïjiquan exprime alors la merveilleuse musique du naturel.

Toutes ces explications sont bien théoriques alors que le Taïjiquan est toujours bien ancré dans l’apprentissage de techniques qui ressemblent à des jeux.

 

LA MATIÈRE EST FAITE D’ONDES selonGabriel LaFrenièreant. Ce dernier est décédé. On peut trouver des information sur lui et sur son œuvre ici.